Les stocks s’accumulent dans le vignoble bordelais

Par Epoch Times avec AFP
13 juin 2020 13:54 Mis à jour: 13 juin 2020 17:10

Dans le vignoble bordelais, le plus important de France, les stocks s’accumulent: jusqu’à 23 mois contre un an et demi d’habitude. Dans un contexte de crise qui n’en finit plus, exonération de charges, distillation, voire arrachage de vignes, tout est sur la table face à une situation « qui ne s’était pas vue depuis dix ans », selon la profession.

Jérôme Eymas, viticulteur des appellations blaye et côtes-de-bordeaux, a décidé de vendre une partie de ses vins en cuves, « les moins bonnes », pour la distillation, dit-il à l’AFP.

« C’est un moindre mal, c’est mieux que zéro et ça permet de faire de la place pour les vendanges dans deux mois et demi », ajoute le viticulteur.

Et c’est partout pareil car avec une production moyenne de 5 millions d’hectolitres par an, le plus gros vignoble français n’a vendu que 4 millions l’année dernière.

-La Distillerie du Peu de Hennessy, près de Cognac, dans le sud-ouest de la France, qui est ouverte à l’œnotourisme et où les visiteurs peuvent voir le processus de transformation du vin en liqueurs destinées à créer le Cognac. Photo NICOLAS TUCAT / AFP via Getty Images.

Tous les viticulteurs vont distiller

Ainsi dans l’Entre-deux-Mers, « pratiquement tous les viticulteurs vont distiller. Il y en a qui n’ont rien vendu cette année », affirme Bernard Douence des distilleries Douence.

Chez les distillateurs, « c’est un peu l’affolement. On a beaucoup de contrats qui arrivent, avec des volumes assez importants », ajoute-t-il.

La chute de la consommation durant le confinement, avec la fermeture des bars et restaurants pour cause de coronavirus, n’a fait qu’accentuer une situation déjà tendue depuis deux ans.

-Des tonneaux de vin stocké dans la cave à vin de Château Margaux, un domaine viticole de 262 hectares situé sur l’AOP Margaux, à Margaux dans le Médoc, près de Bordeaux. Photo GEORGES GOBET / AFP via Getty Images.

Les ventes en Chine s’effondrent

Les ventes en Chine, premier marché à l’export, s’effondrent, le marché britannique est en berne avec le Brexit, tout comme Hong Kong en crise politique depuis des mois.

A cela s’ajoute la baisse des exportations vers les États-Unis liée aux taxes imposées sur les vins non pétillants, victimes d’un contentieux UE-USA au sujet de l’aéronautique, et un marché français en désamour avec Bordeaux, en particulier la grande distribution qui ne fait plus recette (-9% en un an).

L’État a débloqué au niveau national des fonds pour la distillation, mais ils sont prévus pour deux millions d’hectolitres alors que la profession estime les besoins à trois millions.

-Un employé arrange un tapis entre des tonneaux de brandy à la distillerie de vin et de brandy KVINT à Tiraspol le 17 avril 2014. Photo DANIEL MIHAILESCU / AFP via Getty Images.

Le mot tabou d’arrachage a été prononcé

Quant à l’aide au stockage et l’exonération de charges, également annoncées fin mai par le gouvernement, les modalités n’en sont pas connues.

Même le mot tabou d’arrachage a été prononcé, le président socialiste de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset confiant au journal Sud Ouest que l’idée était « sur la table ». 

Côté Etat, aucun budget ne permet pour l’instant de le financer.

-Une femme participe aux vendanges de la parcelle « La Croix de Guyenne » à l’entrée de l’aéroport de Mérignac, près de Bordeaux, sud-ouest de la France, le 26 septembre 2018. Photo de MEHDI FEDOUACH / AFP via Getty Images.

En recherche de trésorerie, les viticulteurs bordelais se voient aussi contraints de baisser les prix pour payer leurs charges et ne trouvent pas toujours preneurs, même à 680 euros le tonneau.

« Le cours moyen du tonneau est à 950 euros. A 680 euros, ce n’est pas rentable, on appauvrit la viticulture », tempête le vice-président des négociants bordelais, Georges Hausalter, qui a « déjà connu ça avec la crise de 2008 ». 

Pour lui, les mesures prises par le gouvernement sont conjoncturelles, sans plan de relance comme cela a été fait pour l’automobile ou l’aéronautique.

« Si on vide des cuves en distillation, c’est stupide de les remplir de nouveau dans trois mois sans plan de relance », dénonce-t-il.

 

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