En pleine guerre en Ukraine, la Russie et la Chine cherchent à créer un « nouvel ordre mondial »

Par J.M. Phelps
9 mars 2022 12:03 Mis à jour: 9 mars 2022 12:03

Cinquante ans après la poignée de main historique de Richard Nixon et Mao Zedong en 1972, l’ordre géopolitique mondial se remodèle à nouveau. Le monde observe désormais l’alliance croissante entre Pékin et Moscou.

Le chef du Parti communiste chinois (PCC), Xi Jinping, et le président russe, Vladimir Poutine, se sont rencontrés début février, le jour de l’ouverture des Jeux olympiques. Cette rencontre aurait pu être l’occasion pour Xi Jinping d’exhorter Vladimir Poutine à poursuivre la voie diplomatique avec l’Ukraine et désamorcer les tensions entre les deux pays. Au lieu de cela, le régime chinois a apparemment détourné le regard tandis que la Russie planifiait ses avancées sur son voisin.

Beaucoup ont décrit la rencontre du 4 février comme une démonstration de solidarité entre les deux régimes. L’occasion a été marquée par une longue « déclaration commune » dans laquelle les deux pays ont annoncé un partenariat « sans limites », dans lequel il y a « aucun domaine de coopération prohibé ».

La déclaration de 5 000 mots exprimait également un refus « d’un nouvel élargissement de l’OTAN et [appelait] l’Alliance de l’Atlantique Nord à abandonner ses approches idéologisées de la guerre froide, à respecter la souveraineté, la sécurité et les intérêts des autres pays (…) et à adopter une attitude juste et objective à l’égard du développement pacifique des autres États ».

Une déclaration aussi précise permet est des plus explicites quant à la nature de la nouvelle relation entre la Chine et la Russie, déclare le lieutenant‑colonel à la retraite Robert Maginnis pour Epoch Times. Il s’agit d’une relation dans laquelle Xi Jinping et Vladimir Poutine sont déterminés à étouffer l’Occident, à démanteler l’OTAN et à créer un nouvel ordre mondial, affirme‑t‑il.

Unité d’artillerie ukrainienne tirant sur une position russe près de Kiev, Ukraine, le 6 mars 2022. (Radio Free Europe / Radio Liberty/Screenshot via Epoch Times)

Un accord tacite

Moins de trois semaines après la rencontre Vladimir Poutine‑Xi Jinping, la Russie a lancé son offensive contre l’Ukraine. Pour M. Maginnis la déclaration était avant tout un « accord tacite » et non pas une simple « alliance ». Vladimir Poutine, ajoute‑t‑il, savait que cette alliance nouvellement forgée aiderait la Russie à mener à bien son invasion.

En coulisses, M. Maginnis soupçonne que la rencontre entre Xi Jinping et Vladimir Poutine devait apporter un « soutien géopolitique et des garanties financières » à la Russie afin d’atténuer le choc économique des sanctions occidentales. Si le régime chinois ne condamnait pas Moscou pour son attaque contre l’Ukraine, cela serait le signe de son soutien implicite, explique‑t‑il.

Qui plus est, « Xi Jinping est très probablement encouragé par ce que fait l’Occident ‑ ou, plus exactement, ne fait pas », poursuit M. Maginnis. La Russie a fait l’objet d’une condamnation unanime de la part de l’Occident, tout en recevant de l’aide de plusieurs pays. Des sanctions sont également imposées de toutes parts pour tenter de ralentir les offensives injustifiées du gouvernement russe.

Le fait que les États‑Unis n’envoient pas de troupes en Ukraine reste cependant le plus important pour le régime chinois, souligne l’ancien militaire.

Un nouvel ordre mondial

À la lumière de la série de sanctions occidentales, M. Maginnis soupçonne « Xi Jinping d’aider à blanchir les fonds dont Vladimir Poutine, les oligarques, et le gouvernement russe dans son ensemble, ont besoin pour continuer à avancer ».

Alors que le conflit en Ukraine continue de s’intensifier et que le régime chinois poursuit ses ambitions pour s’emparer de Taïwan, les États‑Unis et l’OTAN se sont retrouvés dans une nouvelle guerre froide, déclare‑t‑il.

« Xi Jinping est en quête d’un nouvel ordre mondial, comme en témoignent nombre de ses écrits et de ses discours. »

Ce nouvel ordre mondial sera  » beaucoup plus tolérant avec un régime autoritaire, au détriment des valeurs libérales autours desquelles s’est articulé l’ordre mondial après la Seconde Guerre mondiale. »

À la suite d’un retrait chaotique d’Afghanistan et de leur gestion de la crise russo‑ukrainienne, certains pays commencent à considérer les États‑Unis comme une puissance mondiale de second rang, continue M. Maginnis. Certains de ces pays pourraient bientôt s’interroger : « Sur qui voulons‑nous nous aligner ? » ;« Qui va vraiment diriger les choses à l’avenir ? »

Le dirigeant chinois Xi Jinping (à droite) rencontre le président russe Vladimir Poutine (à gauche) à Pékin, le 4 février 2022. (Alexei Druzhinin/Sputnik/AFP via Getty Images)

Taïwan

Robert Maginnis ne considère pas que le comportement de Vladimir Poutine envahissant l’Ukraine soit « insensé ». Il déclare : « Vladimir Poutine est pragmatique et n’a pas peur d’appuyer sur la gâchette si ça peut lui être bénéfique à long terme. »

Alors que la Russie et la Chine travaillent de concert pour écraser l’Occident, ajoute‑t‑il, « Taïwan devrait être très inquiet, puisque [ce qui est valable pour Poutine] l’est pour Xi Jinping ; il appuiera sur la gâchette au moment où ça sera le plus avantageux pour lui. »

Pékin observe ce que font les États‑Unis en Ukraine. L’une des choses à surveiller, selon M. Maginnis, est de savoir si les États‑Unis transporteront ou délocaliseront leurs ressources vitales de la zone Pacifique vers l’Europe. Par ailleurs, le président chinois observe également les répercussions des sanctions sur la capacité de la Russie à s’attaquer à l’Ukraine.

La présence militaire des États‑Unis dans le Pacifique, combinée à l’impact des sanctions économiques draconiennes, reste la principale préoccupation du régime chinois à l’égard de Taïwan, conclut‑il.

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