Quel qu’en soit le prix: la guerre contre la foi menée par un dirigeant du PCC

Par Eva Fu
14 décembre 2022 22:06 Mis à jour: 15 décembre 2022 20:51

Pour près de 100 millions de Chinois, l’année 1999 a été un moment décisif dans leur vie.

Cette année‑là, Jiang Zemin, à la tête du Parti communiste chinois, a lancé une persécution à l’échelle du pays ciblant sans distinction tous les pratiquants de Falun Gong.

Jiang Zemin, décrit par certains défenseurs des droits de l’homme comme un des plus terribles tyrans de l’histoire, est mort en ce 30 novembre, mais sa vaste campagne d’éradication se poursuit.

Depuis 23 ans, des millions de pratiquants de Falun Gong sont détenus dans des camps de travaux forcés, des asiles psychiatriques, des centres de réhabilitation pour toxicomanes, des prisons noires secrètes ou d’autres installations. La diffamation, la torture et les prélèvements forcés d’organes résultant de la persécution ont entraîné un nombre incalculable de décès. Les survivants gardent des séquelles et continuent de souffrir psychologiquement et financièrement, constamment victimes de violences.

Ils sont soumis à une telle barbarie pour avoir refusé d’abandonner leur croyance en la vérité, la compassion et la tolérance, les principes fondamentaux de la discipline spirituelle du Falun Gong, qui allie des enseignements moraux à des exercices de méditation lents.

Du fait de cette persécution brutale, Jiang Zemin (ayant régné pendant plus de dix ans sur le pays à partir de 1989) sera le premier chef du PCC à faire l’objet de poursuites en Chine et à l’étranger. En 2009, Jiang Zemin fera partie des cinq hauts fonctionnaires chinois inculpés par l’Espagne pour actes de torture et génocide contre les pratiquants de Falun Gong.

L’instigateur

Jiang Zemin a personnellement lancé la persécution. Il a pour cela mobilisé tout l’appareil d’État.

Jiang Zemin   lors de la cérémonie du 80e anniversaire de l’Armée populaire de libération de Chine (APL) dans le Grand Hall du peuple à Pékin, le 1er août 2007. (Peter Parks/AFP via Getty Images)

Il souhaitait que la communauté internationale cautionne sa persécution. Selon l’Associated Press, en septembre1999, lors de la réunion annuelle de l’APEC (Asia‑Pacific Economic Cooperation), Jiang Zemin a offert un livre diffamant la discipline spirituelle à Bill Clinton, alors président des États‑Unis. Il espérait pouvoir le convaincre d’adopter une attitude « correcte » à l’égard du Falun Gong.

« Les 150 pages du livre en anglais représentent le barrage de la propagande des médias chinois totalement contrôlés par l’État », indique l’article.

La jalousie et l’insécurité, voilà en partie les raisons qui ont conduit Jiang Zemin à manifester son animosité envers le Falun Gong. Son immense popularité, près d’un Chinois sur treize suivait ces enseignements, ne pouvait être tolérée.

Selon Anything for Power : The Real Story of Jiang Zemin Zemin [Le pouvoir à tout prix : La véritable histoire de Jiang Zemin], une série de livres publiés en 2011 par Epoch Times, la femme de Jiang Zemin, Wang Yeping, pratiquait le Falun Gong en 1994.

Un soir, alors qu’elle fait les exercices, elle sent une présence derrière elle, quelqu’un reproduit ses mouvements. En ouvrant les yeux, elle réalise que cette personne n’est autre que Jiang Zemin.

Embarrassé et furieux d’être pris en flagrant délit, Jiang Zemin lui ordonne d’arrêter la pratique.

« Même ma femme croit en Li Hongzhi. Qui va croire en moi, le secrétaire général du Parti communiste chinois ? », lui lance‑t‑il. (Li Hongzhi est le fondateur de la pratique).

Initialement, la décision de s’en prendre à une des plus grandes communautés spirituelles de la Chine n’a pas été des mieux accueillie.

Sur les sept membres du Comité permanent du Politburo, l’organe sacré du Parti, six expriment leur objection lorsque Jiang Zemin proposent de réprimer le Falun Gong. Zhu Rongji, le premier ministre chinois de l’époque, déclare qu’une telle mesure nuira à l’image du pays et qu’il faut simplement « permettre à la communauté des pratiquants d’exister ».

Se levant, Jiang Zemin le pointe du doigt et crie : « Imbécile ! Imbécile ! Imbécile ! Ce serait la fin du Parti et du pays ! »

« Si nous ne résolvons pas tout de suite le problème du Falun Gong, nous commettons une erreur historique », ajoute‑t‑il.

Quel qu’en soit le prix

Nous sommes alors le 26 avril 1999, le lendemain du rassemblement pacifique auquel ont participé 10.000 pratiquants près du siège du gouvernement à Zhongnanhai, pour réclamer leur droit de pratiquer librement leur croyance et la libération des dizaines de pratiquants arrêtés quelques jours auparavant.

La foule vient de se dispersée. Zhu Rongji a rencontré les délégués du Falun Gong et leur a promis son soutien. Mais Jiang Zemin, qui a accédé au pouvoir grâce au massacre de Tiananmen dix ans auparavant, est déterminé à éradiquer le mouvement.

Le 10 juin, il donne explicitement l’ordre de créer un organisme extrajudiciaire chargé de coordonner une persécution à l’échelle nationale. C’est ainsi que nait une Gestapo chinoise, connue plus tard sous le nom de Bureau 610 (le nombre se réfère à sa date de création).

La persécution commence un mois plus tard. Les médias d’État, à tous les niveaux, lancent une énorme propagande pour calomnier la pratique, diffamer les pratiquants, tandis que ceux qui refusent d’abandonner leur croyance sont soumis à des abus d’une violence toujours plus terrible.

Xu Xinyang (à dt.), une jeune fille de 17 ans dont le père est mort torturé, aux côtés de sa mère Chi Lihua, au Congrès à Washington, le 4 décembre 2018. (Samira Bouaou/Epoch Times)

Minghui, une association basée aux États‑Unis qui documente la persécution, raconte. Nous sommes en 2012. « Nous avons 108 types de méthodes de torture ! Tu crois que tu vas sortir d’ici en vie ? » lance garde du camp de travaux forcés pour femmes de la province de Jilin à une pratiquante.

Selon Minghui, Jiang Zemin a donné un ordre secret stipulant que les pratiquants de Falun Gong décédés après avoir été battus ou torturés soient déclarés comme s’étant suicidés et incinérés.

Comme incitatif, les fonctionnaires versent des salaires lucratifs aux agents impliqués dans la persécution, ils reçoivent des primes selon leur engagement.

Dans un article publié en 2001, Minghui explique qu’un poste de police de Dalian, une ville portuaire du nord de la Chine, propose une prime à chaque agent ayant arrêté au moins neuf pratiquants.

À Shanghai, Lu Xingguo, 45 ans, est déshabillé et torturé dans une cellule alors qu’on lui met une serviette dans la bouche pour l’empêcher de pousser des cris.

Lu Xingguo meurt au bout d’une heure. Il a perdu ses dents et la peau sur ses lèvres. Ses cheveux sont brûlés et des marques d’électrocution sont visibles sur tout son corps. La police conclut à un suicide.

« On nous a fait comprendre que la norme, c’était un taux de mortalité de 5% », explique le directeur de l’unité pénitentiaire présent sur place. Nous sommes en octobre 2003. « Nous ne nous inquiétons pas quant au nombre de décès. »

Selon des documents internes obtenus par Epoch Times auprès d’une source fiable, dans la ville de Dandong, capitale de la province du Liaoning qui compte alors plus de 2,4 millions d’habitants, les autorités envoient des responsables politiques et des policiers plus de 5000 fois au cours des deux premiers mois de la persécution pour mener à bien les opérations. Plus de 100 points de pratique sont alors nettoyés, tandis que 22.000 pratiquants reçoivent la visite de la police.

La ville dépense aussi 30.000 yuans (4300 euros) pour produire une pièce de théâtre attaquant le Falun Gong afin « d’éduquer » plus de 10.000 personnes. Jusqu’en 2005, la ville fera imprimer des millions d’affiches, de tracts et œuvres d’art diffamant la pratique. Les affiches sont soit diffusées soit placardées sur les tableaux d’affichage publics.

Un policier chinois s’approche d’un pratiquant de Falun Gong sur la place Tiananmen alors qu’il tient une bannière portant les caractères chinois « vérité, compassion et tolérance », les principes fondamentaux du Falun Gong. (Avec l’aimable autorisation de Minghui.org)

Plus coûteux qu’une guerre

Jiang Zemin suit de près l’évolution de la persécution.

En mars 2002, des pratiquants de Falun Gong piratent les câbles d’une chaîne de télévision publique dans la ville de Changchun, au nord‑est de la Chine, et diffusent 45 minutes d’informations sur la persécution. Selon sa biographie personnelle publiée en 2005, dix minutes à peine après la fin de l’émission, Jiang Zemin, furieux, appelle une connaissance qui se trouve non loin de Changchun et réclame qu’on lui transmette le nom du secrétaire du Parti de la ville, ou celui du maire. La ville s’empresse de lancer une vague d’arrestations. Les principaux protagonistes sont condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans. La plupart mourront en prison ou peu après leur libération.

Jiang Zemin exercera une influence politique en coulisse longtemps après avoir quitté ses fonctions officielles en 2004. Il est à la tête du gang de Shanghai, du nom de la ville où il a constitué son potentiel politique en tant que secrétaire du Parti. Ses fidèles, dont beaucoup sont les principaux architectes de la persécution, sont à la tête de nombreuses branches du Parti alors que Xi Jinping prend ses fonctions en 2012.

La persécution nécessite des millions de personnes, et son coût exorbitant handicape l’économie du pays.

Un haut fonctionnaire de l’appareil judiciaire de Liaoning a déclaré, selon Minghui, que « les ressources financières utilisées pour gérer le Falun Gong dépassaient les coûts nécessaires à une guerre ».

Défilé de pratiquants de Falun Gong pour commémorer le 20e anniversaire de la persécution, à Washington, le 18 juillet 2019. (Mark Zou/Epoch Times)

Responsabilité

Suite à la mort de Jiang Zemin, les observateurs à l’extérieur du pays ont renouvelé leurs appels pour qu’il soit tenu responsable de ses crimes, ainsi que tout le Parti communiste chinois (PCC).

« Si vous croyez aux droits de l’homme, à la légitimité des peuples à disposer d’eux‑mêmes, si vous croyez à la liberté d’expression, la dictature communiste chinoise a beaucoup à se reprocher et ses dirigeants aussi », a récemment déclaré Newt Gingrich, ancien président de la Chambre des représentants, à Epoch Times.

« La persécution du Falun Gong, et son degré d’intensité, sont vraiment choquants et en disent assez pour comprendre à quel point ce système est ancré dans le totalitarisme. »

Chen Yonglin, un ancien diplomate chinois qui a fait défection en Australie en 2005, considère que la mort de Jiang Zemin marque le début de la chute finale du régime.

« Le PCC est tombé de sa tour d’ivoire et se trouve désormais dans une situation précaire », déclare‑t‑il pour Epoch Times.

La mort de Jiang Zemin ne diminuera pas pour autant l’héritage sanglant du régime, ajoute‑t‑il, tôt ou tard Jiang Zemin et le PCC « auront des comptes à rendre ».

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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