Au Liban, robe de soirée troquée contre du lait ou des couches

Par Epoch Times avec AFP
30 juin 2020 14:11 Mis à jour: 30 juin 2020 14:28

Une robe de soirée contre lait ou couches pour bébé, des vêtements pour enfants contre de l’huile ou des médicaments. Dans un Liban en faillite, précarité et inflation poussent les familles à recourir au troc sur internet.

Avec des licenciements en masse et des baisses de salaires pour des dizaines de milliers de Libanais, l’effondrement économique inédit s’est accéléré ces derniers mois, s’accompagnant d’une dépréciation historique de la monnaie, d’une flambée des prix et de restrictions bancaires draconiennes sur les retraits en dollars ou les transferts vers l’étranger.

Face à cette paupérisation nouvelle, la classe moyenne habituée aux loisirs et à la consommation doit se serrer fortement la ceinture. Sur les réseaux sociaux, des groupes de troc ont fait leur apparition.

« Le Liban troque »

Deux semaines après sa création, « Le Liban troque » rassemble plus de 12.000 utilisateurs sur Facebook.

Un utilisateur échange un siège auto pour bébé contre « de la nourriture ou des vêtements pour un garçon d’un an ». Produits alimentaires sont troqués contre des produits de nettoyage. Et des baskets de foot contre des vêtements pour un garçon de sept ans.

Zeinab elle échange une longue robe du soir contre du lait et deux paquets de couches pour son bébé de 11 mois.

« Je propose quelque chose que je n’utilise plus en échange de quelque chose dont j’ai vraiment besoin », explique cette maman de 25 ans.

« On vit grâce à nos petites économies »

« Je n’ai jamais rien demandé à personne », déplore cette maquilleuse professionnelle.

Sa famille jouissait il y a quelques mois d’une « bonne » situation. Mais l’entreprise de son mari a fermé et Zeinab a perdu ses clientes avec les restrictions liées au nouveau coronavirus.

– Des Libanais échangent leurs produits contre de la nourriture, des vêtements pour bébé et des couches. Ils se tournent vers le troc en ligne pour survivre. Photo de JOSEPH EID / AFP via Getty Images.

« On vit grâce à nos petites économies. On ne sait pas ce qu’on va faire quand elles seront épuisées », s’inquiète-t-elle.

Avec les prix qui ont doublé en quelques mois, le lait pour enfant, acheté auparavant à 28.000 livres libanaises, coûte aujourd’hui 48.000 LL. Et le paquet de couches est passé de 10.000 à 23.000 LL, selon elle.

La monnaie nationale atteint au marché parallèle 8.000 livres pour un dollar, même si officiellement la livre reste indexée sur le billet vert au taux de 1.507 livres pour un dollar.

45% de la population libanaise sous le seuil de pauvreté

La crise économique a été l’un des principaux catalyseurs du soulèvement populaire d’octobre 2019, lancé contre une classe politique accusée de corruption et d’incompétence.

Dans un pays où quasiment tout est importé, l’inflation pour les produits alimentaires a dépassé les 72% entre octobre 2019 et fin mai, selon l’Association des protection des consommateurs.

-Des réfrigérateurs vides à travers le Liban faisant suite à la crise économique qui a conduit à un effondrement de la monnaie locale et du pouvoir d’achat les 16 et 19 juin 2020. Photo JOSEPH EID, ANWAR AMRO, MAHMOUD ZAYYAT, IBRAHIM CHALHOUB / AFP via Getty Images.

Nourhane a, elle, obtenu une session de physiothérapie au fils paralysé d’une amie, en proposant plateaux et coffrets de décoration.

« Au début elle voulait les vendre », explique Nourhane à l’AFP via Facebook. « J’ai suggéré le troc, car personne ne peut acheter. »

Après son annonce, plusieurs médecins ont proposé leurs services gratuitement. D’autres utilisateurs ont envoyé des dons.

Et alors que 45% de la population libanaise vit sous le seuil de pauvreté, la solidarité s’organise aussi en ligne.

Des appels aux dons sont ainsi postés sur « LibanTROC », un autre groupe Facebook qui rassemble aujourd’hui plus de 50.000 membres. Sa fondatrice, Hala Dahrouj, cite en exemple des Libanais licenciés qui demandent des contributions pour payer un loyer.

Distribue des aides alimentaires

La précarisation, Chérine Kabbani la constate au quotidien. Dans sa boutique « Tenue de fête », elle donne gratuitement des vêtements usagés et distribue des aides alimentaires.

« C’est fou le nombre de gens qui viennent faire la queue rien que pour du pain. »

Le plus dur, dit Mme Kabbani, c’est de voir dans le besoin ceux qui faisaient autrefois des dons. « Des donateurs qui offraient leurs vêtements viennent aujourd’hui les échanger contre des provisions. »

Certaines mères débarquent avec leurs enfants enveloppés dans des langes sommaires, sacs en plastique ou bouts de tissus. D’autres leur donnent de l’eau sucrée pour remplacer le lait.

Un jour une femme est venue et a retiré sa abaya. « Elle m’a dit: ‘prenez-la et donnez-moi un paquet de couches’. »

 

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