Les liens étroits des employés de Huawei avec l’armée et les services de renseignements chinois

Les employés du géant chinois des télécommunications Huawei auraient préalablement travaillé pour des agences de renseignement ou des agences militaires chinoises, selon une analyse de milliers de CV d’employés divulgués en ligne, ce qui soulève d’importantes questions sur les liens de l’entreprise avec le régime chinois.

Une étude récente de Christopher Balding, professeur associé à l’Université Fulbright au Vietnam, menée avec le groupe de réflexion Henry Jackson Society, basé au Royaume-Uni, a analysé une base de données de CV rendus publics lors de fuites en ligne, et a constaté qu’environ 100 employés de Huawei avaient des liens avec des organismes militaires ou de renseignement chinois.

« Il y a des preuves directes importantes que le personnel de Huawei agit sous la direction des services de renseignements chinois qui ont de multiples liens à travers toutes les structures de l’État chinois », conclut l’étude.

M. Balding a passé en revue 2 millions de CV, dont environ 25 000 provenant d’employés de Huawei, qui avaient été divulgués en ligne sur des plateformes de recrutement non sécurisées.

Selon l’étude, un ingénieur dont le travail chez Huawei lui donnerait « un accès sans limite aux données des utilisateurs et des fournisseurs de services », serait en même temps employé comme enseignant et chercheur par l’Université nationale de technologie de défense en Chine, une institution de très haut niveau dirigée par l’Armée populaire de libération (APL) chinoise. L’étude présume que cet ingénieur travaillerait sous la direction de la section de l’APL responsable des « capacités militaires chinoises dans les domaines de la guerre spatiale, de la guerre électronique, et de la cyberguerre ».

Un autre cas présenté dans l’étude est celui d’un employé de Huawei qui s’est décrit sur son CV comme un « représentant » du ministère de la Sécurité d’État, la principale agence de renseignement chinoise. Parmi les responsabilités énumérées sur son CV figurait « l’installation d’équipements d’interception légale dans les appareils Huawei », ce qui suggère que son rôle au sein de l’entreprise comprenait « l’implantation, dans les produits Huawei, de technologies ou de logiciels permettant de collecter des informations ».

Les chercheurs ont avancé que cet employé pourrait être impliqué dans l’installation d’équipements illégaux découverts dans les appareils fournis par Huawei à l’opérateur britannique Vodafone en Italie il y a dix ans, ce qui a déjà été signalé par Bloomberg en avril dernier. Bloomberg a rapporté qu’entre 2009 et 2011, Vodafone a découvert dans les appareils Huawei des équipements illégaux qui auraient pu permettre à Huawei d’accéder à son réseau fixe italien, assurant le service Internet à des millions d’utilisateurs.

Vodafone et Huawei ont reconnu les failles et ont déclaré qu’elles avaient été corrigées en 2011 et 2012.

L’étude du professeur Balding a également montré qu’un employé de Huawei travaillait auparavant à la Société de sciences et technologies aérospatiales de Chine (CASC), une entreprise d’État qui développe des technologies spatiales et des missiles. Alors qu’il était employé par la CASC, il a participé à l’élaboration de systèmes de télécommunication pour l’APL.

Selon le journal britannique The Telegraph, un autre ingénieur de Huawei, qui a participé au développement de stations de base 5G, a écrit sur son CV qu’il n’était pas autorisé à dire quoi que ce soit sur son emploi précédent « en raison de l’implication de secrets militaires ».

L’étude conclut que « les agents de l’État et des services de renseignements chinois sont placés de façon systématique au sein de Huawei dans le but de faciliter l’accès à l’information ».

Le rapport ajoute que ce constat contredit directement les affirmations répétées de Huawei selon lesquelles l’entreprise n’a aucun lien avec les services de renseignement et les organismes militaires chinois.

Un porte-parole de Huawei a déclaré au Telegraph le 5 juillet que l’entreprise « ne travaille pas sur des projets militaires ou de renseignement pour le compte du gouvernement chinois.

« Ces informations ne sont ni nouvelles, ni secrètes, puisqu’elles sont disponibles gratuitement sur les sites Web des carrières et professions. Il n’est pas rare que Huawei emploie des gens de la fonction publique et du gouvernement. Nous sommes fiers de leurs expériences professionnelles et nous sommes ouverts à leur sujet. »

Dans une déclaration au Financial Times du 7 juillet, l’entreprise a ajouté qu’elle demandait à ses futurs employés susceptibles de venir du milieu militaire ou gouvernemental de fournir des documents prouvant qu’ils ont cessé de travailler pour ces organismes.

Les conclusions de l’étude soulèvent d’autres préoccupations quant aux liens de Huawei avec le régime chinois, étant donné que plusieurs pays européens, incluant le Royaume-Uni, doivent décider s’ils souhaitent permettre à l’entreprise de participer au développement de l’infrastructure de télécommunication de cinquième génération (5G).

Les États-Unis ont averti à plusieurs reprises que les appareils de l’entreprise Huawei pourraient être utilisés par Pékin à des fins d’espionnage ou pour perturber les réseaux de télécommunication, étant donné les liens étroits de Huawei avec les services militaires et de renseignement chinois. En outre, les lois chinoises sur la sécurité nationale obligent les entreprises chinoises à coopérer avec l’État lorsqu’on leur demande de le faire.

Huawei a toujours nié ces allégations.

Par ailleurs, Bloomberg a rapporté le 27 juin que les employés de Huawei ont travaillé sur au moins 10 projets de recherche conjoints avec des organes affiliés à l’APL au cours de la dernière décennie. Bloomberg a examiné de près les articles publiés dans des revues spécialisées et les bases de données en ligne utilisées principalement par des universitaires et des spécialistes de l’industrie chinoise.

Les domaines de recherche allaient de l’intelligence artificielle aux communications radio. Huawei a nié cette allégation, affirmant que l’entreprise n’avait « aucune collaboration ou partenariat en Recherche & Développement avec des institutions affiliées à l’APL ».

Les conclusions de la récente étude contredisent toutefois cette affirmation. Christopher Balding a déclaré au Financial Times que son analyse des CV a révélé des liens étroits entre Huawei et les agences de sécurité de l’État.

« Il était assez facile de trouver des gens qui avaient deux engagements », dit-il.

John Hemmings, directeur de la Henry Jackson Society, a déclaré à Forbes que « dès les premières étapes de l’analyse de ces données, nous constatons que ces CV montrent une tendance qui relie les employés de Huawei aux militaires et au ministère de la Sécurité de l’État.

« Si on arrive à repérer quelques ‘anciens espions’ dans les sociétés de télécommunication occidentales, c’est totalement différent si on essaye de repérer des telles connexions dans un État autoritaire. Encore une fois, nous comprenons pourquoi la perspective d’inclure Huawei dans les infrastructures de la 5G occidentales doit être examinée très soigneusement. »

 
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