L’enquête sur les réunions confidentielles entre la Maison Blanche et BlackRock

Par Justin Haskins & Jack McPherrin
29 juin 2022 21:48 Mis à jour: 30 juin 2022 10:31

Avec plus de 10.000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, BlackRock est la société d’investissement la plus importante et la plus puissante de Wall Street. Plus encore, de récentes découvertes révèlent que l’influence de BlackRock s’étend apparemment bien au‑delà de la sphère financière, jusqu’à la Maison Blanche.

Notre enquête sur les relations entre les responsables de BlackRock et la Maison Blanche montre que sous l’administration Biden, BlackRock, contrôlant actuellement plus d’actifs que tout autre groupe d’investissement au monde, bénéficie de conditions sans précédent. La société est en relation avec les fonctionnaires les plus importants et les conseillers du président. Ces connexions soulèvent de graves dilemmes éthiques. Ceux‑ci ne pourront être résolus sans une enquête approfondie menée par les autorités compétentes.

Certains des cadres les plus puissants de BlackRock rencontrent les représentants de l’administration Biden très régulièrement, presque tous les mois. Le cadre qui s’y rend le plus souvent entretient des relations personnelles étroites avec plusieurs hauts fonctionnaires, et il bénéficie d’un droit d’accès problématique à des renseignements sensibles que BlackRock réutilise pour assurer ses arrières.

Les registres des visiteurs de la Maison Blanche montrent que Thomas E. Donilon (président du BlackRock Investment Institute (BII), le think tank de la société dédié au calcul des risques géopolitiques des investissements) a rencontré des responsables de l’administration Biden au moins huit fois entre mars 2021 et novembre 2021. Tout au long de sa carrière, M. Donilon a été au premier plan de la politique étrangère américaine. Plus récemment, il occupait le poste de conseiller à la sécurité nationale du président Barack Obama et celui de responsable de la politique étrangère pour la campagne Clinton de 2016. C’est un membre important de diverses organisations à vocation mondiale telles que le Council on Foreign Relations, Aspen Strategy Group, et la Trilateral Commission.

Les informations contenues dans le registre des visiteurs n’étant généralement disponibles que plusieurs mois après la tenue des événements, il est probable que M. Donilon ait eu d’autres réunions à la Maison Blanche dont nous n’avons pas encore connaissance. Pour l’heure, d’après les informations disponibles à ce jour, les dossiers indiquent que M. Donilon a rencontré à plusieurs reprises les assistants spéciaux du Cabinet de la Maison Blanche (pdf), Thomas Isen et Sanam Rastegar. Il s’est également entrenu avec Mme Sezaneh Seymour une fois, conseillère adjointe à la sécurité nationale pour la cybernétique et les technologies émergentes au Conseil national de sécurité.

Le plus intrigant, sans aucun doute, sont les quatre entrevues privées entre M. Donilon et Mme Kimberly Lang. Malgré une enquête poussée sur le rôle de Mme Lang à la Maison Blanche, il n’a pas été possible de déterminer précisemment la nature de ses responsabilités.

Mme Lang est absente du rapport annuel officiel présenté au Congrès sur le personnel de bureau de la Maison Blanche (pdf), daté du 1er juillet 2021, bien qu’elle ait tenu des réunions jusqu’au 29 janvier 2021, avant la publication du rapport. La seule trace que nous ayons obtenue à son sujet provient des registres de paie fédéraux. Selon ces registres elle a travaillé au Conseil national de sécurité en 2016, occupant un des postes les mieux rémunérés du gouvernement (GS‑13).

Dans son rôle actuel non spécifié, le registre des visiteurs de la Maison Blanche montre clairement que Mme Lang organise régulièrement des réunions privées avec les ténors de la politique étrangère et de la sécurité nationale. Sur les 308 réunions organisées par elle au mois de février (dernière tranche de réunions disponible publiquement), on compte diverses personnalités importantes : William Burns, directeur de la CIA, Colin Kahl, sous‑secrétaire américain à la politique de Défense ou Philip Étienne, ambassadeur de France aux États‑Unis.

Mme Lang rencontre également de nombreux politologues de premier plan et spécialistes en risques géopolitiques, menaces nucléaires, terrorismes ou sanctions économiques.

M. Donilon et Mme Lang sont en contact étroit depuis au moins 2010, lorsque M. Donilon dirigeait le Conseil de sécurité nationale (NSC) avec lequel Mme Lang collaborait. Selon divers courriels obtenus par WikiLeaks, Mme Lang était étroitement informée des allées et venues de M. Donilon et communiquait souvent avec lui, ainsi qu’avec des responsables importants, tels que l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton et l’actuel conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan.

Il n’existe aucun document public concernant les récentes réunions à la Maison Blanche entre M. Donilon et Mme Lang, nulle déclaration publique de la part de l’administration Biden, BlackRock ou M. Donilon. Nous avons formulé une demande d’informations auprès de BlackRock et de la Maison Blanche mais nous n’avons toujours pas reçu de réponse.

Lorsqu’on sait quelle est la mission du BlackRock Investment Institute, ces réunions soulèvent de graves problèmes éthiques. Sur le site Web du BII on peut lire : « [Le BII] tire parti de l’expertise de la société et mène des recherches exclusives pour fournir des informations sur l’économie mondiale, les marchés, la géopolitique et l’allocation d’actifs à long terme – tout cela pour aider nos clients et nos gestionnaires de portefeuille à naviguer dans les marchés financiers. »

En d’autres termes, il est de la responsabilité fiduciaire de M. Donilon de « tirer les cartes » de la géopolitique afin que BlackRock assure à ses clients le meilleur retour sur investissement. Un travail considérablement facilité pour qui a régulièrement accès aux décisions des responsables aux Affaires étrangères ou à la Sécurité.

Qu’un personnage important de BlackRock ait tenu de nombreuses réunions à huis clos à la Maison Blanche tout au long de l’année 2021 est franchement déconcertant, d’autant que les connexions de M. Donilon avec l’administration Biden sont bien plus étendues. Tout cela dépasse largement le cadre de simples rencontres mensuelles dans le cadre d’un « partenariat » avec des décideurs politiques.

Non seulement M. Donilon a travaillé aux côtés de Biden sous l’administration Obama en tant que conseiller à la sécurité nationale, mais il aurait également figuré sur la liste des candidats retenus par Biden pour devenir directeur de la CIA. Son frère, Mike Donilon, est le conseiller principal du président et un de ses plus proches confidents. Mike Donilon a été le stratège en chef de Biden tout au long de la campagne présidentielle de 2020.

L’épouse de Thomas Donilon, Cathy Russell, était à la tête du bureau du personnel tout‑puissant de la Maison Blanche pendant la première année du mandat de Biden. Elle a quitté l’administration pour devenir directrice générale de l’UNICEF le 1er février. En tant que directrice du bureau du personnel présidentiel, Mme Russell avait pour mission d’employer et de contrôler tout le personnel de l’administration.

Par un heureux hasard, la fille de Thomas Donilon, Sarah, fait également partie de l’administration Biden en tant que membre du Conseil national de sécurité.

Les liens qui unissent BlackRock à l’administration Biden ne se limitent pas à la famille Donilon. Brian Deese, le directeur du National Economic Council (NEC) sous Biden, était auparavant le responsable mondial des investissements durables chez BlackRock. Wally Adeyemo, secrétaire adjoint du département du Trésor, était auparavant conseiller principal chez BlackRock et chef de cabinet du président‑directeur général de BlackRock, Larry Fink.

M. Fink a aussi participé à au moins une réunion confidentielle à la Maison Blanche sous l’ère Biden. Le 8 février, deux semaines seulement avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, M. Fink a rencontré Steve Ricchetti, conseiller du président et surnommé « le sherpa de Biden » par Politico. Là encore, les médias n’ont pas fait état de cette rencontre et ne l’ont pas confirmée.

Pourquoi les membres de l’administration Biden rencontrent‑ils fréquemment des personnalités de BlackRock ? Les relations étroites entre la direction de BlackRock et la Maison Blanche ont‑elles un impact sur la politique publique ? BlackRock profite‑t‑il financièrement de ces connexions importantes ? Collabore‑t‑il avec la Maison Blanche pour influencer la politique à l’égard de la Russie ou utiliser des informations de première main pour liquider les actifs les plus risqués ?

BlackRock est la société de gestion d’actif la plus puissante au monde, il est donc essentiel de répondre à ces questions et à bien d’autres tout aussi importantes. Les populations méritent de savoir si le gouvernement américain accorde la priorité aux citoyens ou aux énormes sociétés d’investissement de Wall Street. Pour l’heure, sans une enquête plus approfondie du Congrès, nous n’obtiendrons pas plus de réponses.

Justin Haskins (Jhaskins@heartland.org) est directeur éditorial et chercheur au Heartland Institute.

Jack McPherrin est rédacteur et chercheur au Heartland Institute.

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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