Les avantages surprenants du vaccin contre la tuberculose pour renforcer le système immunitaire

Ce que l'un des plus anciens vaccins nous apprend sur la technologie des vaccins
Par Jennifer Margulis & Joe Wang
27 novembre 2022 19:08 Mis à jour: 27 novembre 2022 19:08

Une collaboration entre des scientifiques australiens et néerlandais a donné lieu à une nouvelle étude fascinante montrant les avantages d’un vaccin contre la tuberculose en termes de renforcement du système immunitaire.

La tuberculose est une maladie infectieuse qui envahit les poumons. Causée par une mycobactérie, Mycobacterium tuberculosis, la tuberculose se propage par des gouttelettes dans l’air, par la toux et les éternuements.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 10 millions de personnes l’ont contractée en 2020 : 5,6 millions d’hommes, 3,3 millions de femmes et 1,1 million d’enfants. Quelque 1,5 million de personnes sont décédées. « La tuberculose est présente dans tous les pays et dans tous les groupes d’âge », explique l’OMS sur son site. « Mais la tuberculose est curable et évitable. »

Nouvelle recherche sur les vaccins

La nouvelle étude, menée par des scientifiques du Murdoch Children’s Research Institute d’Australie et du Radboud Center for Infectious Diseases des Pays‑Bas, portait sur un échantillon aléatoire de 130 nourrissons.

Soixante‑trois d’entre eux ont été vaccinés avec le vaccin bilié de Calmette et Guerin (BCG). Le BCG, du nom de ses inventeurs, est fabriqué à partir d’une souche atténuée, ou affaiblie, de la bactérie responsable de la tuberculose. On pense qu’il protège contre les formes les plus graves de la tuberculose, notamment la méningite tuberculeuse.

Les nourrissons ayant reçu le vaccin BCG ont été appariés à 67 nourrissons témoins qui ne l’avaient pas reçu.

Les chercheurs ont fait une découverte inattendue : l’administration du vaccin BCG offrait apparemment une protection contre d’autres maladies que la tuberculose.

Une immunité entraînée

En effet, bien qu’il s’agisse d’une petite étude, les chercheurs ont constaté que le groupe des 63 nourrissons ayant reçu le vaccin BCG était protégé contre un large éventail de maladies supplémentaires sans rapport avec la tuberculose, en raison d’un phénomène connu sous le nom « d’immunité entraînée ».

On parle d’immunité entraînée lorsque quelque chose déclenche une réponse immunitaire innée à certaines expositions externes et à certains agents pathogènes, qui peut durer plus d’un an après la vaccination.

Les chercheurs ont découvert qu’il existait des différences génétiques importantes entre les monocytes des nourrissons vaccinés au BCG et ceux des nourrissons non vaccinés.

Les monocytes sont des globules blancs responsables de la première ligne de défense contre les agents pathogènes.

Le vaccin BCG semble avoir essentiellement reprogrammé les monocytes des nourrissons pour qu’ils réagissent davantage à d’autres agents pathogènes. On pense que le fait de mettre les monocytes en état d’alerte, comme l’explique un article récent de Science Alert, les rend plus réactifs à d’autres infections que la tuberculose.

Comment le vaccin BCG a‑t‑il été mis au point ?

Des scientifiques français, le Dr Albert Calmette et le vétérinaire Jean‑Marie Camille Guérin, ont commencé à chercher un vaccin contre la tuberculose à l’Institut Pasteur au début des années 1900, selon un article de 2013 sur l’histoire du vaccin BCG publié dans la revue Maedica.

Ils ont cultivé une souche de tuberculose provenant du pis d’une vache infectée par la tuberculose dans un milieu de bile de bœuf, de glycérine et de pomme de terre. Malgré la difficulté de collecter de la bile de bœuf et le prix élevé des pommes de terre en raison de la Première Guerre mondiale, les deux immunologistes ont pu recueillir 230 sous‑cultures.

Le vaccin qu’ils ont mis au point a d’abord été testé sur divers animaux, dont des chevaux, des bovins et autres. Lorsqu’il s’est avéré efficace, le vaccin BCG a été administré à un humain en 1921. Ce nourrisson, dont la mère venait de mourir de la tuberculose quelques heures auparavant, a reçu le vaccin par voie orale.

Aujourd’hui, les vaccins BCG sont le plus souvent administrés par injection intradermique, selon l’OMS.

Utilisé dans plus de 150 pays

Rarement administré aux États‑Unis, le BCG a été approuvé pour la vaccination universelle dans quelque 157 pays, selon un article publié en 2011 dans la revue PLOS Med. Beaucoup de ces pays ont une incidence plus élevée de tuberculose.

Il s’agit notamment de la Chine, de l’Inde, de l’Indonésie, du Kenya, du Nigeria, du Pakistan, de la Russie et du Vietnam.

L’OMS dispose d’un moteur de recherche en ligne pour savoir quels pays recommandent actuellement le BCG, et d’autres vaccins, à leurs citoyens.

Les États‑Unis ne disposent pas actuellement d’un programme universel de vaccination par le BCG, à la fois en raison de la faible incidence de la tuberculose et des questions relatives à l’efficacité et à la sécurité du vaccin, selon les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). L’identification précoce, les tests cutanés à la tuberculine et le traitement prophylactique se sont avérés plus efficaces dans la lutte contre la tuberculose aux États‑Unis, sans qu’il soit nécessaire de recourir à une vaccination universelle.

Avantages inattendus des vaccins

Si les résultats de cette étude semblent surprenants, d’autres recherches scientifiques ont également mis en évidence des conséquences involontaires, ou effets non spécifiques, des vaccins. Certaines de ces conséquences sont bénéfiques pour le système immunitaire, bien que de manière inattendue. D’autres conséquences, en revanche, sont néfastes.

Une grande partie des travaux sur les avantages inattendus des vaccins ont été réalisés par un anthropologue danois, Peter Aaby, également titulaire d’un doctorat en médecine. Le Dr Aaby a passé une quarantaine d’années en Guinée‑Bissau à diriger le Bandim Health Project, une organisation à but non lucratif qui concentre ses recherches sur les effets des vaccins.

Entre autres découvertes, le Dr Aaby et son équipe de recherche, qui comprend sa partenaire, le Dr Christine Stabell Benn, ont constaté que l’instauration d’un programme de vaccination contre la rougeole en Guinée‑Bissau réduisait le taux de mortalité global dû à d’autres maladies, faisant chuter de 50% la mortalité chez les personnes ayant reçu le vaccin contre la rougeole par rapport aux personnes n’ayant pas reçu le vaccin.

Cependant, avant l’introduction du vaccin contre la rougeole, les taux de mortalité infantile dus à cette maladie étaient déjà très bas. Cela a conduit le Dr Aaby à conclure que la baisse importante des décès était due à des « effets non spécifiques » de la vaccination contre la rougeole. Comme il l’a expliqué à un journaliste de la BBC en 2020, de jeunes vies ont été épargnées par des maladies probablement sans rapport avec la rougeole.

Outre les vaccins contre la rougeole, les recherches du Dr Aaby ont révélé que le vaccin BCG contribue à protéger les enfants contre d’autres maladies qui ne sont pas la cible visée. Ces vaccins peuvent réveiller le système immunitaire, contribuant à entraîner l’organisme à réagir plus fortement à tout envahisseur étranger.

D’autres « effets non spécifiques » du vaccin BCG, selon les recherches publiées citées par la BBC, comprennent une meilleure survie à long terme, une réduction des allergies graves, une diminution des incidents de la maladie d’Alzheimer et une résistance accrue au cancer agressif de la peau.

Maintenant, certains scientifiques, qui écrivent dans la revue Nature ainsi que dans la revue PNAS, émettent l’hypothèse que le vaccin BCG pourrait également être utilisé pour protéger contre la forme grave du Covid‑19.

Des conséquences malheureuses : une note de prudence

Le Dr Stabell Benn et d’autres ont cependant fait remarquer que si les vaccins peuvent avoir des effets positifs non spécifiques, ils peuvent aussi avoir des effets négatifs ou nocifs non spécifiques.

Ces effets, eux aussi, sont bien documentés dans la littérature scientifique.

Par exemple, une recherche publiée en 2011 a révélé que les pays présentant les taux les plus élevés de syndrome de mort subite du nourrisson avaient également les taux les plus élevés de vaccination des nourrissons.

De même, plus d’une dizaine d’études à comité de lecture ont établi un lien entre certains vaccins et un risque accru de troubles auto‑immuns.

Que nous ont appris 100 ans de BCG ?

Utilisés pour la première fois chez l’homme au début des années 1920, les vaccins BCG comptent parmi les plus anciens vaccins mis au point. Qu’avons‑nous donc appris de cette technologie vaccinale ?

1. Il faut beaucoup de temps pour développer le meilleur produit possible. Vingt ans se sont écoulés entre la découverte du BCG et son administration chez l’homme. Bien que les vaccins BCG soient utilisés depuis plus de cent ans maintenant, les chercheurs travaillent toujours à la mise au point de vaccins antituberculeux encore plus sûrs et plus efficaces.

2. La sécurité doit toujours être une préoccupation majeure et des mesures de sécurité doivent être appliquées à toutes les étapes du processus. Dans les années 1930, une catastrophe a été associée aux vaccins BCG. En Allemagne, 173 enfants ont été malades et au moins 72 sont morts.

La catastrophe de Lübeck n’a pas été causée par le vaccin BCG, mais plutôt par une contamination négligente. Mais elle souligne néanmoins l’importance de mettre en œuvre les mesures de sécurité les plus strictes en ce qui concerne la manipulation des produits et des lots de vaccins.

3. L’efficacité des vaccins varie d’une population à l’autre, comme le montrent de nombreuses études sur le BCG. Il n’existe pas d’obligation de vaccination par le BCG aux États‑Unis, car ce vaccin n’est pas nécessaire. Les études d’efficacité montrent que les différents vaccins fonctionnent avec des taux d’efficacité différents. Étant donné que chaque patient réagit différemment aux vaccins, aux médicaments et aux autres produits pharmaceutiques, les décrets médicaux ne devraient pas être imposés à une population. Il est logique d’informer les gens des avantages des vaccins. Forcer la vaccination ne l’est pas.

4. Certains vaccins, ainsi que certaines infections, semblent présenter des avantages inattendus. Ces avantages devraient être étudiés de manière systématique car ils pourraient contenir des indices permettant de combattre d’autres maladies. Par exemple, le virus de la rougeole a été utilisé dans le traitement du cancer. Et nous avons également des rapports indiquant que les infections au Covid‑19 ont elles‑mêmes un effet antitumoral.

5. Les vaccins sont généralement administrés à des personnes en bonne santé, en particulier aux enfants, pour les empêcher de tomber malades à l’avenir. Étant donné qu’ils ne traitent pas une maladie, mais sont davantage utilisés pour prévenir théoriquement un phénomène auquel une personne pourrait être exposée et tomber malade plus tard, les vaccins doivent être soumis aux normes de sécurité les plus strictes. Toute intervention médicale doit aider les gens, et non leur nuire.

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