«Nous avons besoin de véhicules blindés pour aller récupérer les corps», témoigne un responsable de l’ONG humanitaire Zaka en Israël

«Tous les corps, même ceux des assassins, je m'en occupe. Je pleure, mais je m'en occupe»

Par Ludovic Genin
13 octobre 2023 14:24 Mis à jour: 15 novembre 2023 05:45

Mendy Haviv travaille depuis 23 ans dans l’ONG Zaka qui compte 3700 bénévoles. Peu connue en France, l’organisation humanitaire israélienne a pour mission d’identifier et de recueillir les corps des victimes d’attentats, de guerre ou de séismes. Suite aux attaques du 7 octobre au sud d’Israël, l’organisation a été en première ligne avec ses équipes pour rassembler les corps des victimes et leur donner un enterrement digne. Mendy Haviv a répondu à nos questions.

EPOCH TIMES : Est-ce que vous pouvez vous présenter et présenter le Zaka ?

Mendy HAVIV : Je suis commandant de Zaka centre, avec une équipe de 120 volontaires. Notre rôle est d’aller sur des scènes d’attentats, d’accidents ou de guerre pour retrouver et identifier les corps des victimes. C’est notre routine, mais c’est une routine toujours difficile.

Nous avons des équipes et des ambulances qui vont sur les scènes de guerre. Notre métier, c’est de ramasser des morts, de récupérer leurs corps pour leur enterrement, sans rien laisser, y compris le sang, pour que tout finisse en terre.

Si c’est une scène d’attentat, on ramasse les doigts, tous les morceaux des corps et on ramasse le sang aussi. On ramasse tout pour les mettre dans des sachets et on les prend ensuite pour les enterrer. Voilà notre routine.

Une partie de l’équipe de bénévoles de l’ONG Zaka Centre en Israël. (Avec l’aimable autorisation de Mendy Haviv)

Pourquoi est-ce important pour vous ?

Parce que pour nous dans la loi juive, le corps humain appartient à Dieu et il doit revenir entièrement dans la terre comme Dieu l’a donné.

Concernant Zaka, nous ne nous occupons pas seulement des scènes de guerre. Nous prenons en charge parfois des personnes dont les corps se sont perdus en mer. Nous aidons aussi les vieilles personnes atteintes d’Alzheimer qui sont sorties de la maison et qui ne savent pas rentrer chez elles, nous avons aussi une équipe pour ça.

Nous avons une autre équipe qui travaille avec l’armée pour trouver des victimes des tremblements de terre, aller les chercher dans les maisons, pour les sortir.

Zaka est une organisation qui intervient sur plusieurs scènes avec des victimes.

Quel accompagnement donnez-vous aux bénévoles qui veulent vous aider ?

D’abord, il faut avoir beaucoup de croyance, savoir que tout vient de Dieu et que tout ce travail que l’on fait ici est quelque chose que l’on doit faire.

J’apprends aux volontaires comment le faire, comment amener le corps et l’âme d’un homme, pour les mettre dans la terre à la fin et comment le faire du mieux possible.

Il faut apprendre ce que l’on peut retrouver sur un corps pour identifier la personne, s’il y a des empreintes de doigts que l’on peut utiliser, etc. Cela dépend de la situation dans laquelle nous arrivons.

Après l’attaque du Hamas et les massacres dans le sud d’Israël le 7 octobre, est-ce que vous vous êtes rendus dans ces villages ? Est-ce que vous pouvez décrire l’étendue des massacres ? 

Des massacres… Ce sont des massacres. Des scènes, comme j’ai vu récemment avec l’attaque du Hamas, ce sont des choses horribles, horribles, vraiment horribles. Des choses qui ne se sont jamais passées comme ça en Israël.

Nous avons travaillé directement avec nos mains pour mettre les corps dans des sacs, ce sont des choses vraiment horribles. Ces massacres, c’est quelque chose qu’on n’a jamais vu.

Dans ma vie, j’ai déjà vu des choses horribles. Un père qui, pour se venger de sa femme, a tué ses enfants. Il les a découpés en morceaux, les a mis dans une valise, qu’il a jetée à la mer. C’est un cas horrible. Mais là, je dis que ce n’est pas pareil, car il y a 10, 20 ou 30 cas en même temps, des femmes, des enfants, des hommes, des soldats mais aussi des terroristes. Tout ça, c’est très dur pour moi et mes équipes.

En plus, il n’y a pas que ça, on voit des corps qui ont été torturés et d’après ce que j’ai vu sur place, des enfants et des bébés ont été brûlés… C’est quelque chose de très dur.

Je suis déjà allé dans des maisons qui ont été brûlées et j’ai vu des personnes brûlées mais pas comme ça, pas comme maintenant. Ils ont été brûlés devant leurs mères et leurs pères. Nous avons vu aussi des maisons avec du sang partout. Je ne sais pas comment c’est possible. Qu’est-ce qu’ils ont fait dans cette maison ? Vous comprenez qu’il y a eu un massacre dans cette maison.

C’est quelque chose que je n’ai jamais vu. J’ai vu des bus qui ont explosé, j’ai vu des gens qui ont explosé, j’ai vu tout, mais comme ça – des villes entières qui ont été effacées, effacées d’une manière tellement barbare – ça, je n’ai jamais vu. Moi et mes collègues, nous n’arrivons pas encore à sortir ces images de notre tête.

Mendy Haviv lors d’une mission de l’ONG Zaka en Israël. (Avec l’aimable autorisation de Mendy Haviv)

On parle en France de massacres sans distinction d’enfants ou de vieilles dames, de bébés décapités, est-ce que ce sont des choses que vous avez observées ?

Dans la presse, des journalistes m’en parlent. On entend qu’il y a eu 40 bébés à qui on aurait coupé la tête. Ce n’est pas vrai. J’ai travaillé à Sderot, Be’eri, Kfar Aza et dans d’autres villes et, sur toutes les scènes de meurtre où j’ai travaillé, je n’ai pas vu ça.

J’ai vu la tête d’un bébé et un corps qui n’était pas attaché ensemble, mais pas 40 ou 50, ce n’est pas vrai. Pour moi, ça ne change rien et pour le monde, ça ne doit rien changer. Même s’il y a un seul bébé, un enfant ou une seule maison – je ne dis pas qu’il n’y a eu qu’une seule maison, ce n’est pas la question – c’est déjà trop.

Là, ce qu’il s’est passé, ce n’est pas une personne, mais c’est tout le village qui a été massacré. Et dans un village, il y a des bébés, il y a des vieux, il y a des gens handicapés, il y a des gens en chaise roulante, il y a des femmes enceintes, etc. Les assassins ont massacré tout le monde, tout ceux qu’ils ont vu, ils les ont tous massacrés.

Et ce n’est pas simplement un massacre. Quand je suis rentré dans une maison, il y avait du sang partout, la femme était morte et il y avait le chien qui pleurait. Le chien pleurait, il avait peur, il ne voulait pas manger, il ne voulait pas boire. C’est moi qui ai pu sortir le chien de sa cage alors que je suis arrivé là-bas deux jours après le massacre. Je ne sais pas si le monde comprend à qui nous avons affaire.

On ne doit pas rentrer dans des détails comme cela car ensuite certains peuvent dire que c’est une fausse information parce qu’il n’y a pas eu 40 bébés qui ont été tués dans une maison, et pourraient suggérer que les massacres n’ont pas existé.

Il n’y a pas eu 40 bébés qui ont été égorgés, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu des bébés qui ont été égorgés. Il n’y en a pas 40 peut-être, mais il y a des bébés qui ont été égorgés. Il y a aussi des bébés qui ont été brûlés dans des poussettes ou dans des voitures.

À qui avons-nous affaire quand on voit que le Hamas peut commettre des massacres comme ça sur des populations ?

Le Hamas et Daech, je ne vois pas de différence. J’ai travaillé directement sur place, c’est moi qui ai ramassé les corps des bébés, des enfants, des soldats, de tout le monde. Tous les corps, même ceux des assassins du Hamas, ceux-là même qui ont commis ces massacres, je m’en occupe aussi. Je pleure, mais je m’en occupe. Car il faut aussi s’en occuper, on ne peut pas les laisser comme ça.

Avec mes équipes, on est face à tout cela, le monde entier ne le voit pas. Parfois des journalistes me demandent de leur envoyer une photo d’un bébé décapité. Jamais de la vie je ne pourrais faire cela. Je ne pense pas dans ces situations à prendre un téléphone et photographier un bébé avec la tête arrachée. Ce n’est pas humain de faire ça.

C’est aussi pour ça que je suis là sur les scènes de crime, pour ne pas qu’on fasse des choses comme cela. La première règle chez nous est de ne pas regarder les gens morts dans les yeux. Je ne regarde pas leur visage, je leur mets un drap sur la tête, je l’entoure comme il faut, pour l’amener et enterrer ensuite comme il faut, c’est ça que l’on fait.

Qu’est-ce qui vous donne la force de travailler comme ça depuis 23 ans ? Qu’est-ce qui vous donne la force de continuer ?

C’est Dieu. J’ai étudié et je lis la Bible. Je sais que tout vient de Dieu, et je sais que tout ce qu’il fait, c’est du Bien. Ça veut dire que même si pour nous, le travail va être dur – peut-être que tout le monde ne comprend pas cela – mais pour nous, on sait que cela vient de Dieu et que Dieu ne nous veut que du Bien. Même si on peut ne pas comprendre ce qu’il se passe, on sait que c’est Dieu qui est en train de nous aider et qu’il veut qu’on se renforce. C’est ce qui me donne la force dans cette mission.

Est-ce qu’il y a une façon dont on peut aider votre association ?

En ce moment, nous avons un problème qui nous empêche de travailler dans certains endroits. Nous n’avons pas de voitures blindées. Nous avons une mission à faire au bord de la mer, en face de Gaza. Mais ils peuvent nous tirer dessus si nous venons, alors qu’il y a des morts là-bas dont il faut se charger.

Et ce n’est pas que nos morts, ce sont aussi les morts du Hamas. Il faut qu’on s’en occupe, mais on ne peut pas y entrer depuis deux jours car si on rentre, ils peuvent nous tirer dessus. Nous avons un gilet par balle avec un casque, mais ça ne suffit pas, nous avons besoin de voitures pare-balles.

Peut-être que des personnes en France, en Amérique ou dans le reste du monde peuvent nous aider pour nous fournir des équipements comme cela. Bien sûr, vous pouvez aussi aller sur le site de Zaka pour des dons.

Vous n’êtes pas toujours accompagnés par l’armée quand vous vous déplacez ?

L’armée est vraiment très occupée et ils ne s’occupent pas des morts. Ce n’est pas leur mission car ils ont beaucoup d’autres missions en ce moment.  Ils nous laissent travailler, on travaille avec eux et ils nous font confiance.

Je peux passer à un endroit où il y a un tank pour protéger le secteur, mais on peut quand même être visés à la tête. Ils nous disent de faire attention à nous et à notre équipe. Personne ne peut rentrer dans ces secteurs, mais nous, nous pouvons rentrer. Ils nous laissent passer car nous avons aussi une mission à faire. Nous avons une mission, c’est notre rôle, c’est notre place.

Est-ce que vous avez autre chose à ajouter pour nos lecteurs ? 

Oui. Je demande au peuple français de nous soutenir. Dans la situation dans laquelle nous sommes, nous avons besoin du soutien du peuple français. Il faut comprendre qu’il faut nous soutenir. Ça nous donne beaucoup de force quand on voit les drapeaux d’Israël en France.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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