La Chine mise sur la Russie : pourquoi Pékin pense gagner dans tous les cas

Par Guermantes Lailari
11 mars 2022 17:30 Mis à jour: 14 mars 2022 11:27

Ce n’est pas un secret que le dirigeant chinois Xi Jinping et le président russe Vladimir Poutine entretiennent une relation bien particulière.

La Chine et la Russie ont scellé cette relation en publiant une déclaration commune de 5000 mots et en faisant une séance de photos le 4 février – juste au début des Jeux olympiques de Pékin qui ont été suivis de l’invasion russe en Ukraine. Les deux pays ont également signé une quinzaine d’accords commerciaux, y compris pour la livraison à la Chine de gaz et de pétrole russe pour un montant de 117,5 milliards de dollars qui s’ajoute au « contrat du siècle » : 400 milliards de dollars sur 30 ans, signé en 2014 peu après l’annexion de la Crimée par les forces russes.

Il semble y avoir deux issues possibles à l’invasion russe de l’Ukraine : (a) Poutine gagne et oblige l’Ukraine, parmi autres choses, à renoncer à toute intention d’adhérer à l’OTAN ou à toute autre alliance occidentale ; ou (b) la Russie se retire complètement de l’Ukraine.

Comment se fait-il que, dans les deux cas, la Chine gagne ?

La Russie gagne – la Chine gagne

Premièrement, si la Russie atteint ses objectifs en Ukraine, il sera clair que les sanctions sévères imposées sur Moscou auront été inefficaces – et ce, parce que le Parti communiste chinois (PCC) n’aura pas appliqué ces sanctions en se justifiant par les engagements énoncés dans la déclaration sino-russe du 4 février.

Deuxièmement, le fait que la Russie comptait sur la Chine pour atténuer les effets des sanctions permettrait à cette dernière de contrôler la monnaie russe. En effet, le PCC aura les mains sur la gorge de Poutine et de l’économie russe – une bonne position pour un État communiste autrefois féodal. Punir la Chine pour son soutien à la Russie serait probablement trop douloureux pour le reste du monde en raison des nombreuses dépendances par rapport à l’économie et au marché chinois.

La seule façon pour Poutine d’empêcher l’État-parti chinois de déterminer la politique étrangère et intérieure russe est de se retirer de l’Ukraine et d’assumer les frais de la reconstruction de ce pays ainsi que les conséquences de son échec – tout cela pourrait conduire à la disparition de Poutine ou du moins à la perte de son pouvoir. En d’autres termes, selon les mots du célèbre évangéliste et écrivain Lorenzo Dow, Poutine est « condamné s’il le fait et condamné s’il ne le fait pas ».

La Russie perd – la Chine gagne

Si la Russie est contrainte de se retirer d’Ukraine, elle devra continuer à faire face à des sanctions sévères et, comme l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, elle devra payer des réparations coûteuses à l’Ukraine. Cette situation affaiblirait considérablement la Russie, et la Chine pourrait en profiter en forçant Moscou à faire de nouvelles concessions commerciales.

Par exemple, les ressources naturelles russes pourraient être reprises par le PCC en guise de paiement pour stabiliser le rouble. D’autres ressources, telles que les énormes réserves d’eau situées à proximité de la frontière russo-chinoise, pourraient être vendues à la Chine à un prix réduit.

Enfin, si Poutine est privé de pouvoir (sous telle ou telle forme), le PCC pourrait installer un dirigeant fantoche pour faciliter la soumission de la Russie aux diktats du régime chinois. Dans ce cas, la « grande Chine » deviendrait en grande partie autosuffisante – la stratégie de « double circulation » de Xi Jinping, visant le renforcement mutuel des marchés intérieur et extérieur avec le premier comme pilier, pourrait être utilisée au maximum. Et le reste du monde ferait face à une superpuissance.

On a besoin de dirigeants sages

En résumé, en se basant sur l’analyse ci-dessus, « la Russie perd et la Chine gagne » semble être un scénario probable, puisque l’armée russe n’a capturé qu’une petite partie du territoire ukrainien depuis le 24 février. Les militaires ukrainiens semblent se battre avec acharnement et sont bien réapprovisionnés par les pays occidentaux.

Toutefois, ces pays doivent veiller à ce que, quelle que soit l’issue, la Russie ne devienne pas un État vassal de la Chine. Il est bien possible que le régime chinois ait planifié que, quelle que soit l’issue de l’invasion russe en Ukraine, il sera gagnant.

Nous devons tirer des leçons des erreurs de la Première Guerre mondiale et empêcher la Russie d’imploser et sombrer dans le chaos. Ceci en stabilisant son économie et en l’encourageant à rejoindre le reste du monde libre, tout comme on l’a fait pour le Japon et l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale.

Sans dirigeants avisés et rationnels qui voient clairement toute la folie d’humilier davantage une Russie affaiblie, nous nous retrouverons face à un État-parti chinois dominant la Russie et surpuissant, ce qui aurait des conséquences désastreuses pour l’avenir de l’humanité.

Guermantes Lailari se spécialise dans les problèmes du Moyen-Orient et de l’Europe, ainsi que dans le contre-terrorisme, la guerre non traditionnelle et la défense antimissile. Il a étudié, travaillé et servi au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pendant plus de quatorze ans ainsi qu’en Europe pendant six ans. Il a été attaché de l’armée de l’air américaine au Moyen-Orient et est titulaire de diplômes d’études supérieures en relations internationales et en intelligence stratégique.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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