« Rénover » les partenariats militaires en Afrique, un impératif stratégique pour Paris

Par Epoch Times avec AFP
23 juillet 2022 13:30 Mis à jour: 23 juillet 2022 13:41

La tournée africaine d’Emmanuel Macron à partir de lundi intervient à l’heure où la France a entrepris de « rénover » ses partenariats militaires sur le continent pour se maintenir dans la compétition stratégique exacerbée qui s’y joue entre puissances, Russie en tête.

« Nous ne sommes plus qu’un parmi d’autres » en matière d’offre militaire, résume un officier français stationné en Afrique de l’Ouest. Parmi ces « autres » figurent la Turquie, Israël, les Etats-Unis mais aussi et surtout la Russie, qui cherche à damer le pion aux Français dans ses zones d’influence héritées des temps coloniaux, et dans le cadre d’une stratégie d’ampleur mondiale.

Le président français l’aura bien en tête en se rendant, du 25 au 28 juillet, au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau. Son ministre des Armées Sébastien Lecornu s’était rendu mi-juillet au Niger et en Côte d’Ivoire, juste après l’annonce par le chef de l’Etat de sa volonté de « repenser d’ici l’automne l’ensemble (des dispositifs militaires de la France) sur le continent africain ».

Après neuf ans de lutte antijihadiste au Mali

Poussée hors du Mali par la junte au pouvoir depuis 2020, qui travaille désormais – même si elle s’en défend – avec le sulfureux groupe paramilitaire russe Wagner, l’armée française sera partie du pays à la fin de l’été, après neuf ans de lutte antijihadiste. Sa présence au Sahel sera divisée par deux, à moins de 2.500 militaires.

Malgré cette décrue, la France assure qu’elle ne renoncera pas à la lutte contre les jihadistes affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat Islamique. Longtemps contenus au Sahel, ils gagnent aujourd’hui du terrain vers le Golfe de Guinée.

La base militaire de Ouallam lors d’une visite officielle des ministres français des Affaires étrangères et des Armées au Niger le 15 juillet 2022 à Niamey. Photo de BERTRAND GUAY/AFP via Getty Images.

Mais les interventions militaires de l’ancienne puissance coloniale vont muter vers des « dispositifs moins posés et moins exposés », selon les termes d’Emmanuel Macron, afin notamment d’éviter de prêter le flanc à un sentiment anti-français très inflammable.

« Les Russes une vraie priorité opérationnelle de s’opposer aux Français »

L’enjeu est fondamental: Paris entend éviter le déclassement stratégique face à ses adversaires ou compétiteurs sur ce continent qui comptera 2,5 milliards d’habitants en 2050.

« Les Russes ont une vraie priorité opérationnelle de s’opposer aux Français dans le champ informationnel en Afrique. Ils exercent une forte pression pour essayer de nous chasser (via) les réseaux sociaux, par le biais de Wagner », résume un général français.

Les mercenaires de Wagner sont déjà implantés en Centrafrique et au Mali, avec une offre de service claire: sécurité anti-coup d’Etat et assistance juridique pour maintenir le régime au pouvoir, en échange de l’exploitation des ressources minières, soulignent à l’AFP des sources concordantes.

  – Le ministre des Armées françaises Sébastien Lecornu marche à côté du chef d’état-major de la Défense français Thierry Burkhard à la base militaire de Ouallam le 15 juillet 2022. Photo BERTRAND GUAY/AFP via Getty Images.

Des mercenaires mettant en scène un faux charnier

La « galaxie Prigojine », du nom du fondateur russe de Wagner réputé proche du Kremlin, est également très active sur les réseaux sociaux. Fin avril au Mali, un drone français a surpris des mercenaires mettant en scène un faux charnier à proximité d’une base française, pour faire accuser Paris de crimes de guerre via de faux comptes Twitter.

Le camp pro-russe pousse même jusqu’à l’ingérence dans la vie politique française, selon deux sources proches du dossier. « Le camp russe nous a embêtés pendant les campagnes électorales (présidentielle et législatives), via des faux comptes pro ou anti-  gouvernement au Mali, au Sénégal, au Bénin et en RCA. Mais ça n’a pas pris », décrit un haut responsable.

-Les ministres français des Affaires étrangères et des Armées ont affirmé le 15 juillet 2022 à Niamey leur volonté d’approfondir le partenariat clé de Paris avec le Niger sur les plans économique et militaire. Photo de BERTRAND GUAY/AFP via Getty Images.

Dans le même temps, Paris veut continuer à participer à la lutte contre l’insécurité, qui menace ses partenaires africains et nourrit les migrations vers l’Europe. Tout en restant discrète. « S’afficher avec les Français joue négativement », admet un haut gradé français.

« Davantage d’opérations de coopération »

« Nous allons vers davantage d’opérations de coopération, conditionnées de façon plus stricte aux demandes des pays africains, qui viendront +en soutien de+ et non pas +à la place de+ », expliquait récemment à l’AFP le commandant de l’opération Barkhane, le général Laurent Michon.

Les discussions vont bon train pour évaluer les demandes des partenaires, à qui la France veut offrir plus de places d’officiers dans ses écoles militaires.

Au Sahel, le Niger a accepté le maintien d’une base aérienne française à Niamey et l’appui de 250 soldats pour ses opérations militaires à la frontière malienne. Le Tchad continuera à héberger une emprise française à N’Djamena et les Français espèrent conserver un contingent de forces spéciales à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Dans le Golfe de Guinée, les Forces françaises en Côte d’Ivoire, qui coopèrent déjà avec l’armée locale, pourraient offrir des moyens de surveillance dans le nord du pays à la demande d’Abidjan.

Quant au Bénin et au Togo, « il y a une demande d’appui français en matière de soutien aérien, de renseignement et d’équipement », selon l’Elysée. La Guinée, elle, étudie encore ses besoins pour sécuriser sa frontière avec le Mali.

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