L’Irlande décompte les voix d’élections extrêmement serrées pour le Premier ministre

Par Epoch Times avec AFP
9 février 2020 14:00 Mis à jour: 9 février 2020 14:14

L’Irlande a entamé dimanche matin un décompte des voix chirurgical au lendemain de législatives dont le résultat s’annonce incroyablement serré pour le Premier ministre sortant Leo Varadkar, confronté à l’irruption du parti républicain Sinn Fein au tout premier plan du paysage politique.

Dans le principal centre de comptage de la capitale Dublin, installé dans un parc des expositions, de longues tables ont été disposées, entourées de barrières autour desquelles s’agglutinent observateurs des partis ou membres du public.

Le décompte a commencé à 09H00 (locales et GMT). Mais en raison du complexe mode de scrutin, les résultats risquent de ne pas être connus avant plusieurs jours.

Rien n’est joué compte tenu de la marge d’erreur

Selon un sondage Ipsos MRBI réalisé à la sortie des urnes pour les médias irlandais, le Fine Gael du chef du gouvernement obtiendrait 22,4% des voix, le parti républicain Sinn Fein 22,3% et l’autre grand parti de centre-droit, le Fianna Fail, 22,2%.

Rien n’est joué néanmoins compte tenu de la marge d’erreur de 1,3% de cette étude réalisée sur un échantillon de 5.000 électeurs.

-Taoiseach Leo Varadkar a voté aux élections irlandaises le 8 février 2020 à Dublin. L’Irlande est allée aux urnes après la décision du Taoiseach Leo Varadkar de déclencher des élections anticipées. Photo de Charles McQuillan / Getty Images.

Reste également à voir comment ces chiffres se traduiront en terme de répartition sur les 160 sièges de députés que compte le Dail, la chambre basse du Parlement irlandais.

Le Sinn Fein, qui milite pour la réunification de la province britannique d’Irlande du Nord avec la république d’Irlande, ne présentait que 42 candidats, soit environ deux fois moins que les deux grands partis centristes.

Former un gouvernement un exercice très difficile

Selon le responsable du service politique de l’Irish Times Pat Leahy, un tel résultat est inédit. « C’est une égalité entre désormais trois grands partis », a-t-il souligné, dans un pays traditionnellement dirigé – alternativement ou en coalition comme dans le gouvernement sortant – par les deux grands partis de centre-droit.

« Former un gouvernement va être un exercice très difficile si les partis maintiennent leurs positions d’avant le scrutin », a-t-il ajouté samedi soir à la télévision publique RTE.

Fianna Fail comme Fine Gael ont exclu de former une coalition avec le Sinn Fein, en raison de ses liens avec l’IRA, organisation paramilitaire opposée à la présence britannique en Irlande du Nord.

Leo Varadkar a vu  sa popularité s’émousser

Jeune (41 ans), métis, homosexuel, incarnant une Irlande autrefois très catholique qui se modernise, Leo Varadkar a vu après presque trois ans au pouvoir sa popularité s’émousser.

Il a notamment été critiqué pour avoir privilégié le Brexit dans sa campagne – sujet qui n’a déterminé le vote que de 1% des sondés interrogés samedi – au détriment des sujets comme le logement ou la santé, au cœur des préoccupations des électeurs.

Une semaine après la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, l’Irlande et ses 4,9 millions d’habitants se trouvent en première ligne.

Des discussions commerciales entre Londres et Bruxelles approchent, aux conséquences considérables pour les échanges sur l’île d’Irlande. Leo Varadkar a mis en avant son rôle dans la mise au point d’une solution évitant le retour à une frontière physique entre les deux Irlande.

Cette question, l’une des plus épineuses de l’accord de divorce entre Londres et Bruxelles, a fait resurgir le souvenir de trois décennies des « Troubles » entre républicains (majoritairement catholiques) et unionistes (surtout protestants), qui ont fait 3.500 morts.

Le décompte peut durer plusieurs jours

« Extrêmement démocratique », le décompte qui commence dimanche peut durer plusieurs jours, en raison du mode de scrutin, à vote unique transférable, explique à l’AFP Eunan O’Halpin, professeur d’histoire contemporaine au Trinity College de Dublin.

Concrètement, les électeurs ne votent pas pour une liste constituée, mais élaborent leur propre liste en classant les candidats par ordre de préférence.

« J’y ai participé une fois et j’ai été presque rendu sourd  par les cris des observateurs de chaque côté de la table quand je dépouillais les bulletins d’une manière qui ne leur permettait pas assez de les voir », a raconté à l’AFP Eunan O’Halpin.

Ce système date des débuts de l’Etat irlandais il y a près d’un siècle. Dans les années 1990, une tentative de le remplacer par un système informatisé a échoué, car personne ne lui « faisait confiance », poursuit-il.

A moins qu’une majorité claire n’émerge, ce qui semble en l’état peu probable, les partis devront commencer à négocier pour former un gouvernement de coalition.

Après les dernières élections, en 2016, il avait fallu plus de deux mois pour parvenir à un résultat.

 

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