Big Pharma a versé 24 millions de dollars à 1% des oncologues américains, dont beaucoup occupent des postes de premier plan

Les auteurs ont identifiés des risques de «conflits d’intérêts réels»
Par Marina Zhang
8 juillet 2022 08:59 Mis à jour: 8 juillet 2022 08:59

Un pour cent des médecins cancérologues américains, dont beaucoup ont des postes de premiers plans au sein des hôpitaux, universités, instituts de santé nationaux, équipes d’élaboration des lignes directrices, ont reçu plus de 24 millions de dollars en paiements de la part de sociétés pharmaceutiques spécialisées dans le cancer en 2018, selon une nouvelle étude réalisée par l’Université Queen’s au Canada.

L’étude a révélé que 139 oncologues (1% de tous les cancérologues américains) ont reçu plus de 100.000 dollars en paiements ordinaires,  environ 154.000 dollars en moyenne. Le total de ce qu’ils ont perçu s’élève à 24,2 millions de dollars.

« Un paiement de cette ampleur entraîne un risque élevé » de conflit d’intérêts, ont écrit les auteurs de l’étude, 10.000 dollars constituant une somme importante pour le département de la Santé et des Services sociaux (DHS).

Les paiements versés à ces médecins ont représenté 37% de l’ensemble des sommes versées aux oncologues cette année‑là, qui comprennent les frais de consultation, les honoraires de conférenciers et les frais de déplacement versés par les fabricants de médicaments contre le cancer.

« Ces médecins occupent des postes de direction importants, rédigent des lignes directrices de traitement et siègent dans les comités de rédaction des revues. »

« Les résultats identifient un risque de conflit d’intérêt perçu et réel. En raison des postes de direction qu’ils occupent, l’impact potentiel de ce petit groupe de médecins sur la pratique et la politique de l’oncologie pourrait être considérable », a déclaré l’auteur principal de l’étude, le Dr Anthony Booth, à MedPage Today.

De plus, influencés par ces paiements, les médecins risquent de prescrire des médicaments qui ne conviennent pas aux patients cancereux. Les conflits d’intérêts « peuvent être particulièrement problématiques en oncologie, étant donné que les traitements sont coûteux, présentent souvent des toxicités importantes et peuvent être associés à des bénéfices limités. »

L’argent de Big Pharma cible les médecins influents

Les auteurs de l’étude ont constaté que 95% de ces médecins étaient toujours en exercice. Nombre d’entre eux étaient considérés comme des cancérologues de premier ordre au niveau national ou régional.

Plus de la moitié d’entre eux – 56% – travaillaient également dans des établissements universitaires, 31% dans des centres anticancéreux désignés par le National Cancer Institute – 23% – dans le National Comprehensive Cancer Network [NCCN : réseau national de lutte contre le cancer], une alliance à but non lucratif regroupant 32 grands centres anticancéreux qui se consacrent aux soins des patients, à la recherche et à la formation.

Nombre d’entre eux occupaient également des postes de direction dans le domaine médical, 60 et 72% d’entre eux occupant actuellement ou autrefois des postes de direction dans des hôpitaux ou des postes de professeur. Un quart d’entre eux – 24% – travaillaient dans des comités de rédaction et 21% occupaient des postes de direction dans des associations spécialisées.

Dix pour cent d’entre eux, notamment, ont fait partie des comités en charge des lignes directrices cliniques au cours des cinq dernières années.

De nombreux comités ont des règles sur le montant qu’un auteur de lignes directrices est autorisé à recevoir. Le NCCN est censé enquêter sur les membres qui reçoivent plus de 20.000 dollars par an, ce qui ne représente qu’un cinquième des sommes évoquées dans l’étude.

Une étude précédente a également montré que seuls 16% des auteurs de lignes directrices du NCCN n’acceptaient pas de paiements de l’industrie générale. D’autres études montrent que les comités de lignes directrices du NCCN ont des liens financiers plus importants avec l’industrie que les autres oncologues.

« Les associations de spécialistes en oncologie, les groupes d’experts et les comités de rédaction des revues devraient se demander s’il est approprié que des médecins qui reçoivent des paiements aussi importants occupent ces postes de premier plan », ont écrit les auteurs.

Ils ont noté que les recettes provenant des médicaments oncologiques ont augmenté de 70% au cours de la dernière décennie, tandis que les recettes générées par les médicaments non oncologiques ont diminué de 18%.

Dans le même temps, le nombre et la valeur de ces paiements aux oncologues ont également augmenté.

L’équipe chargée de l’étude a également identifié un total de 52.441 médecins qui ont reçu des paiements modestes liés aux médicaments oncologiques de 2016 à 2018, avec une valeur moyenne de 109 dollars en 2018.

Des études antérieures ont montré que même « des paiements modestes pouvaient influencer le comportement des médecins ».

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