ANALYSE : La visite de Blinken en Chine est un « grand coup de propagande » pour le PCC, selon les analystes

La Chine a en profité pour "montrer son mépris pour l'Amérique"

Par Eva Fu
22 juin 2023 08:41 Mis à jour: 22 juin 2023 08:41

Le voyage du secrétaire d’État Antony Blinken en Chine a été une occasion idéale pour Pékin de faire avancer sa propagande, mais pour les États-Unis, l’intérêt de ce voyage s’est avéré quasiment nul, d’après des analystes.

Cette visite de deux jours, la première depuis cinq ans venant d’un haut diplomate américain, s’est conclue le 19 juin par des entretiens avec le ministre chinois des affaires étrangères, Qin Gang, le plus haut diplomate de Pékin, Wang Yi, et, pendant un peu plus d’une demi-heure, avec le chef du régime, Xi Jinping.

Washington a présenté ces réunions sous un jour positif. M. Blinken, qui a soulevé des questions allant de Taïwan aux droits de l’homme en passant par la base d’espionnage chinoise à Cuba, a qualifié les conversations de « robustes » et de « constructives », et y voit l’occasion d’injecter plus de stabilité dans une relation qui en a de plus en plus besoin.

Mais pour les observateurs de longue date de la Chine et ceux qui plaident en faveur d’une position plus ferme à l’égard du Parti communiste chinois (PCC), ces réunions sont loin d’avoir été fructueuses.

« Seuls ceux qui estiment que le seul fait de dialoguer est une réussite voient un quelconque succès dans la visite de M. Blinken », a déclaré June Teufel Dreyer, professeur de sciences politiques à l’université de Miami, à Epoch Times. « La principale retombée, si l’on peut dire, de la réunion a été la décision d’organiser encore d’autres réunions. »

« Plus symbolique que substantiel »

La Chine a rejeté les appels répétés de Blinken à reprendre les échanges militaires bilatéraux, pourtant l’un des principaux objectifs des États-Unis. En ce qui concerne le flux de précurseurs de fentanyl en provenance de Chine, la détention arbitraire d’Américains tels que l’homme d’affaires texan Mark Swidan, qui se trouve actuellement dans le couloir de la mort, et d’autres questions soulevées par M. Blinken, peu d’engagements tangibles semblent avoir été pris à l’issue des quelque 11 heures d’entretiens.

« Nous ne pouvons pas régler tous les problèmes qui nous opposent en un jour, mais dans toute une série de domaines – selon les conditions que nous avons fixées pour ce voyage – nous avons fait des progrès et nous allons de l’avant », a déclaré M. Blinken aux journalistes après sa rencontre avec Xi Jinping, affirmant que la résolution des problèmes avec la Chine relevait du « processus ».

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Le secrétaire d’État Antony Blinken (G) serre la main du dirigeant chinois Xi Jinping dans le Grand Hall du peuple à Pékin, le 19 juin 2023. (Leah Millis/AFP via Getty Images)

Plusieurs législateurs républicains et d’anciens responsables de l’administration Trump ne voient pas les choses sous cet angle.

« Ce voyage est plus symbolique que substantiel », a déclaré à Epoch Times Miles Yu, principal conseiller en politique chinoise du prédécesseur de Blinken, Mike Pompeo.

« La Chine veut toujours maîtriser le cadre [des discussions], et par le biais de ce cadre, elle veut imposer aux États-Unis une coopération qui est en sa faveur », a-t-il ajouté.

Il en va de même pour la création de lignes de communication militaires bilatérales, a déclaré M. Yu.

« Foncièrement, la Chine veut obtenir autant de concessions que possible de la part des États-Unis en retardant les choses, et en même temps elle se comporte d’une manière querelleuse et dangereusement provocatrice et cherche l’escalade », a-t-il déclaré, notant que quelques heures seulement après le départ de Blinken de Chine, Pékin avait intensifié son harcèlement militaire quasi quotidien de Taïwan, l’île démocratique qu’elle cherche à s’approprier.

« Il s’agit presque d’un chantage à évolution lente. »

« Coup de propagande »

L’accueil réservé à M. Blinken à Pékin a été plutôt discret. Il a été accueilli à l’aéroport par un seul fonctionnaire du ministère chinois des affaires étrangères, sans tapis rouge ni foule accueillante portant des fleurs. Des spectateurs curieux ont remarqué une étrange ligne rouge tracée sur la piste d’atterrissage, se demandant sur les réseaux sociaux s’il ne s’agirait pas là d’un signal subtil du régime sur les questions de « ligne rouge », dont Taïwan.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (C) monte à bord de son avion pour se rendre à Londres depuis Pékin, en Chine, le 19 juin 2023. Le président Xi Jinping a accueilli Antony Blinken pour des entretiens à Beijing le 19 juin, couronnant deux jours d’entretiens de haut niveau du secrétaire d’État américain avec des responsables chinois. (Photo by LEAH MILLIS / POOL / AFP) (Photo by LEAH MILLIS/POOL/AFP via Getty Images)

Bien que Xi Jinping ait qualifié de « très bon » le fait que les « deux parties aient progressé et soient parvenues à un accord sur certaines questions spécifiques », il n’a confirmé la rencontre prévue qu’au tout dernier moment, une heure avant qu’elle ne commence.

« C’est un succès pour les Chinois, car la Chine a profité de cette occasion pour montrer son mépris pour l’Amérique », a déclaré M. Yu. Il a également déclaré qu’il considérait l’accueil réservé par Pékin à Blinken comme une sorte d’affront délibéré.

Même la disposition des sièges semble dénoter un jeu de pouvoir subtil. Lors de la réunion du 19 juin, Xi Jinping a présidé la réunion en tant que chef de table, et Blinken était assis à sa droite. La situation était différente lors de sa réunion avec Mike Pompeo en juin 2018, les deux intervenants étant assis côte à côte séparés par une table, les mettant ainsi sur un pied d’égalité.

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Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (4e à gauche) assiste à une réunion avec le dirigeant chinois Xi Jinping (à droite) au Grand Hall du peuple à Pékin, le 19 juin 2023. (Leah Millis/AFP via Getty Images)
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Le secrétaire d’État Mike Pompeo (G) s’entretient avec le dirigeant chinois Xi Jinping lors d’une réunion au Grand Hall du Peuple à Pékin, le 14 juin 2018. (Fred Dufour/AFP/Getty Images)

Selon M. Yu, c’était comme si Xi Jinping se donnait des airs d’ « empereur faisant la leçon aux Américains, imposant son image au secrétaire d’État ».

« C’est une question d’optique pour les Chinois. Ils voient une certaine faiblesse du côté de l’équipe Biden à vouloir obtenir la coopération de la Chine, alors ils exploitent cette situation ».

Le fait que M. Blinken ait « accepté sans broncher » montre la « faiblesse de la politique de l’administration Biden », selon Gordon Chang, auteur de « The Coming Collapse of China » (L’effondrement imminent de la Chine).

Pour les Occidentaux, ces éléments d’image ne sont peut-être pas très importants, mais pour le régime et ses voisins taïwanais, ces significations cachées ne sont pas perdues, a déclaré M. Chang.

« Cela signifie que la Chine estime que les États-Unis ne sont plus une force dans les affaires mondiales », a déclaré M. Chang lors d’une interview accordée à l’émission « Crossroads » d’EpochTV.

Peter Navarro, qui a été conseiller commercial au sein de l’administration Trump, est du même avis.

« C’était un grand coup de propagande pour le dictateur Xi Jinping », a-t-il déclaré à Epoch Times. « Il est difficile de comprendre pourquoi Blinken s’est même déplacé, car à part ouvrir la voie à d’autres réunions en tête-à-tête entre Biden et Xi Jinping, ce qui ne donnera rien, il n’y a rien à voir. »

Le dialogue est un « piège »

Des législateurs comme Mike Gallagher (Parti républicain, Wisconsin), qui est convaincu de la nécessité d’adopter une position plus ferme à l’égard de la Chine, voient également d’un mauvais œil la perspective d’un dialogue avec la Chine.

« Les diplomates de la RPC (République populaire de Chine) ont dit à Blinken que les États-Unis avaient le choix entre soit coopérer avec la Chine, soit entrer en conflit avec elle », a déclaré M. Gallagher, président de la commission parlementaire sur le PCC, à Epoch Times. « Le PCC cherche à qualifier de provocation toute action concurrentielle qui ne va pas dans le sens de sa vision autoritaire. L’administration Biden doit s’opposer à ce cadrage insidieux et à cette menace si peu voilée. »

« Un seul parti cherche à bouleverser le statu quo et la paix dans le détroit de Taiwan, un seul parti se livre au génocide, un seul parti militarise les îles de la mer de Chine méridionale : et c’est le Parti communiste chinois ».

Selon le député Tom Tiffany (Parti républicain, Wisconsin), membre du Caucus du Congrès sur Taïwan, la position des États-Unis relève de la courbette à l’égard des dirigeants chinois.

L’équipe de Joe Biden a souvent répété qu’elle travaillait avec la Chine en « position de force », mais pour M. Tiffany, « il apparaît clairement que nous sortons plus faibles » de cette réunion.

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Un journal télévisé de la China Central Television (CCTV) montre des images de la rencontre entre le secrétaire d’État américain Antony Blinken (à gauche) et le dirigeant chinois Xi Jinping, sur un écran géant à l’extérieur d’un centre commercial à Pékin, le 19 juin 2023. (Greg Baker/AFP via Getty Images)

Approcher les choses de la sorte « ne dissuade pas l’agression chinoise, mais la récompense et l’encourage », a-t-il déclaré à Epoch Times.

Comme le fait remarquer M. Chang, en mars, alors qu’il quittait Vladimir Poutine, Xi Jinping a dit qu’ils étaient tous les deux à l’origine d’un « changement qui ne s’est pas produit depuis 100 ans ».

« Ce que cela signifie, c’est que Xi Jinping pense qu’il est déjà le chef du monde », a déclaré M. Chang. Cette mentalité peut être dangereuse, a-t-il ajouté, car les dirigeants chinois semblent « croire qu’ils peuvent s’en sortir quoiqu’ils fassent ».

Xi Jinping s’est exprimé avec lenteur au cours de son bref entretien avec M. Blinken, déclarant que Pékin ne cherchait pas à défier et supplanter les États-Unis et qu’il « espérait voir une relation saine et stable entre la Chine et les États-Unis ».

Pourtant, ce langage est un « piège » qui ne sert qu’à promouvoir les intérêts du régime, a souligné M. Navarro.

« C’est leur stratégie. C’est ce qu’ils disent depuis des décennies, c’est comme ça qu’ils fonctionnent », a-t-il déclaré. « Ils veulent vous entraîner dans des négociations sans fin qui leur donnent le temps de continuer à faire ce qu’ils veulent vis-à -vis de l’économie américaine et de l’environnement géopolitique mondial. »

« Pour les Chinois, le dialogue est une arme. Il n’y a rien à négocier, nous devrions cesser de parler à ces gens-là et simplement prendre des mesures, et c’est la seule chose qui amènera des changements significatifs. »

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