Tenir aux vertus éternelles : « Farewell »

Atteindre l'intérieur : ce que l'art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes
Par Eric Bess
11 mai 2022 03:15 Mis à jour: 17 mai 2022 16:51

Le changement est une réalité de la vie. Parfois, nous nous faisons du mal en essayant de maintenir les choses inchangées. Nous nous faisons de la peine lorsque nous ne pouvons pas lâcher prise et accepter le caractère inévitable du changement. Cela ne signifie pas qu’il n’y a rien qui ne change pas ; certaines choses sont éternelles.

En 1913, le peintre anglais Arthur Hacker a créé Farewell (Adieu). Le site web de Sotheby suggère que Farewell a été peint comme s’il était « presque en anticipation de la Première Guerre mondiale, avec les changements irrévocables qu’elle a provoqués ».

Farewell est un tableau simple, mais son mystère et l’ambiance qu’il évoque me poussent à poser certaines questions qui peuvent être pertinentes pour nous aujourd’hui.

Farewell, 1913, par Arthur Hacker. Huile sur toile. Collection privée. (PD-US)

L’adieu d’Arthur Hacker

Arthur Hacker a peint deux figures féminines dans un décor sombre. La femme à gauche est presque complètement obscurcie par les ombres de l’arrière-plan, tandis que la femme à droite est mieux éclairée.

La femme à gauche porte une robe claire et celle à droite une robe plus sombre. Les deux femmes se tiennent la main, mais semblent être au moment même où elles se lâchent. Elles ne se font pas face, mais se détournent l’une de l’autre, et leurs têtes sont inclinées en signe de tristesse.

Sur le sol, à leurs pieds, se trouve une passiflore. La passiflore n’est pas traditionnellement le symbole de la passion émotionnelle, mais de la passion du Christ, c’est-à-dire de sa compassion et du sacrifice de soi pour le bien des êtres humains.

Derrière les deux femmes, une lumière bleu-vert brille à quelques endroits entre les arbres. Cependant, un serpent est enroulé autour de l’arbre au centre. Dans l’ombre, ce serpent n’est perceptible qu’après un examen attentif.

Dans ce détail du tableau, le serpent, bien qu’à peine visible, peut être aperçu par une lueur de lumière sur sa peau. (PD-US)

Lâcher prise sur les mauvaises choses

Quelle sagesse pouvons-nous tirer de cette image toute simple ? Pourquoi les deux femmes sont-elles habillées différemment ? Pourquoi la passiflore repose-t-elle à leurs pieds ? Et pourquoi un serpent est-il enroulé autour de l’arbre à l’arrière-plan ?

L’époque à laquelle cette peinture a été réalisée peut fournir un certain contexte. Le début du 20e siècle a été le témoin d’un changement idéologique dans la civilisation occidentale. Avec l’avènement du marxisme et du darwinisme, l’Occident est passé des vertus de compassion et d’abnégation, longtemps défendues, au matérialisme et à la sélection naturelle.

Pour moi, ce passage de la vertu au matérialisme est ce que la peinture de Hacker dépeint. La femme à gauche porte une robe de couleur claire. Sa robe peut même être blanche et ne paraître que blanc cassé à cause des ombres. Le blanc est souvent la couleur traditionnellement symbolique de la vertu et de la pureté.

Il semble également que la femme en blanc fasse plus d’efforts que la femme en habit sombre. Bien qu’elle se détourne, la femme en blanc a les deux mains sur la main unique de son homologue, qui pend la paume vers le bas au centre de la composition, comme si c’était elle qui avait laissé tomber la passiflore. La femme en blanc, en raison de sa vertu, ne veut pas lâcher l’autre femme jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espoir.

En laissant tomber la passiflore, la femme à la robe sombre fait également ses adieux à la vertu traditionnelle. Elle ne tient plus la fleur et, à la place, elle semble saisir son propre vêtement. Le fait de tirer le tissu autour de son bras crée une tension entre elle et la femme en blanc, car son bras semble vouloir être projeté en avant dès que la femme en blanc lui lâchera la main. Cette tension réaffirme le contraste entre le matérialisme absolu et la vertu.

Pour moi, puisque la tension sur sa robe est causée par la femme à droite, cette tension suggère que les personnes qui adoptent des idéologies de matérialisme absolu et de sélection naturelle finissent par se causer du stress.

Dans la tradition chrétienne, le serpent est le symbole de la tentation. Le serpent est sournois et se cache dans l’ombre, mais sa présence suggère qu’il manipule en quelque sorte la situation.

Je pense que le serpent symbolise la tentation matérielle, à laquelle la femme en robe sombre a succombé. La femme en blanc représente les vertus traditionnelles telles que la compassion et l’abnégation et a fait de son mieux pour plaider auprès de l’autre femme afin qu’elle prenne ces vertus au sérieux. La femme à la robe sombre, cependant, a été tentée par le serpent à l’arrière-plan, et donc, au lieu de cela, elle dit adieu à la femme en blanc, à la vertu, et opte pour les possessions matérielles.

La femme en blanc, reconnaissant que sa cause est perdue, se retire dans l’ombre, et la femme en robe sombre, bien qu’elle ait en main ce qu’elle désire, est toujours malheureuse.

En effet, le changement est une réalité de la vie et nous pouvons nous causer beaucoup de peine en essayant de l’empêcher. Parfois, nous devons dire adieu à certaines choses dans notre vie.

Mais il y a aussi des choses qui ne changent pas. Il y a des choses bénéfiques, comme la compassion, qui sont immuables, c’est-à-dire éternelles. Il n’y a aucune raison pour nous de dire adieu à des choses qui sont bénéfiques et éternelles.

Aujourd’hui, nous pouvons nous demander : avons-nous le courage de chercher dans l’ombre la femme en blanc et de retrouver les vertus traditionnelles de compassion et d’abnégation ?

Les arts traditionnels contiennent souvent des représentations et des symboles spirituels dont la signification peut être perdue pour nos esprits modernes. Dans notre série « Atteindre l’intérieur : ce que l’art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes », nous interprétons les arts visuels d’une manière qui peut être moralement perspicace pour nous aujourd’hui. Nous ne prétendons pas fournir des réponses absolues aux questions auxquelles les générations ont été confrontées, mais nous espérons que nos questions inspireront un voyage de réflexion dans le but de devenir des êtres humains plus authentiques, plus compatissants et plus courageux.

Eric Bess est un artiste figuratif en exercice et est candidat au doctorat à l’Institut d’études doctorales en arts visuels (IDSVA).

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