Edwige Diaz : « J’ai l’impression qu’Emmanuel Macron méprise cette France rurale qui travaille »

Par Julian Herrero
27 février 2024 10:24 Mis à jour: 27 février 2024 11:06

ENTRETIEN – Lors de sa venue au Salon de l’agriculture ce week-end, Emmanuel Macron a été chahuté. Des agriculteurs étaient en colère contre sa venue, des heurts ont éclaté entre forces de l’ordre et agriculteurs. Certains ont tenté de forcer des barrages de CRS, provoquant de grands mouvements de foule.

La vice-présidente du RN et députée de la Gironde Edwige Diaz dit « comprendre parfaitement cette colère » qu’elle considère « légitime ». Dans cet entretien accordé à notre rédaction, elle s’en prend au mépris qu’exprime Emmanuel Macron, selon elle, à l’égard de « cette France rurale qui travaille ». Répondant au président de la République qui a qualifié le RN de « parti du Frexit, avec un projet de décroissance et de bêtise », l’élue du sud-ouest blâme la « mauvaise foi » du président.

Epoch Times – Ce week-end s’est ouvert le Salon international de l’agriculture à Paris, Porte de Versailles. Emmanuel Macron s’y est rendu ce samedi. Un déplacement difficile pour le président de la République. Des heurts ont éclaté à son arrivée, des stands ont été dégradés par certains agriculteurs. La mobilisation d’un grand nombre de policiers a été nécessaire pour assurer la protection d’Emmanuel Macron. Comprenez-vous cette très forte colère qui a éclaté samedi au Salon ? Considérez-vous que ce soit allé trop loin ?

Députée Edwige Diaz – Je comprends parfaitement cette colère et je la trouve légitime. Emmanuel Macron récolte ce qu’il a semé. Cela fait des années que les agriculteurs alertent sur la dégradation de leur situation. Je suis conseillère régionale en Nouvelle-Aquitaine, première région agricole de France et entre 2010 et 2020, ce sont entre 5 et 6 exploitations qui ont fermé chaque jour. Le gouvernement disposait de ces chiffres, tout comme il disposait des chiffres en matière de revenus indécents des agriculteurs ou encore de suicides.

Pourtant, les macronistes ont fait la sourde oreille et ont préféré faire la politique de l’autruche au début du mouvement de contestation en novembre dernier, quand les agriculteurs ont retourné les panneaux des communes. Il est donc compréhensible que la colère ait éclaté ce samedi à l’occasion du Salon de l’agriculture et à l’approche des élections européennes.

C’était le moment pour les agriculteurs de se faire entendre et jusqu’à la dernière minute, les macronistes ont refusé de les écouter. Emmanuel Macron est responsable de cette colère. J’ai l’impression qu’il méprise cette France rurale qui travaille. La séquence va être compliquée pour lui tant qu’il ne changera pas de logiciel.

Malgré ces fortes tensions, le chef de l’État a pu échanger ce samedi avec les principaux représentants des syndicats agricoles, la FNSEA et la CR, dans le cadre d’une réunion. À la suite de cette réunion, il a échangé avec des agriculteurs et a fait quelques annonces : mise en place d’un plan de trésorerie d’urgence, faire reconnaître dans la loi l’agriculture et l’alimentation comme un intérêt général majeur de la France et surtout la mise en place de prix plancher. Toutes ces mesures annoncées vont-elles selon vous dans le bon sens ?

Elles vont dans le bon sens parce qu’elles sont dans notre programme. Mais, que de temps perdu… Nous disons depuis longtemps qu’il faut protéger l’agriculture et en faire un secteur stratégique, elle est nécessaire à notre souveraineté. Malheureusement, Emmanuel Macron ne l’a pas fait à l’Assemblée nationale.

Même chose pour les prix plancher, il a eu l’opportunité de faire adopter ce dispositif, il ne l’a pas fait. Aujourd’hui il vient les annoncer, mais les contours ne sont pas déterminés. Tout ceci est très flou. Est-ce à l’échelle de l’UE ? Cela voudrait dire qu’on va devoir vendre les pommes françaises au prix des pommes de Pologne.

Il y a un vrai sujet. Il ne faut pas que les prix plancher se transforment en trappe à bas prix d’achat. Emmanuel Macron doit donc clarifier cette annonce.

Toujours en marge de son déplacement samedi, Emmanuel Macron a qualifié votre parti, le Rassemblement national, de parti du Frexit, avec un « projet de décroissance et de bêtise ». Que lui répondez-vous ?

Personne, aujourd’hui, ne pense que le Rassemblement national est le parti du Frexit et Emmanuel Macron est bien trop intelligent pour le croire. Ça veut dire qu’il feint d’ignorer et surtout, cela signifie qu’il fait preuve d’une mauvaise foi.

Et pourquoi en fait-il preuve ? Précisément, parce qu’il est très fébrile et que l’accueil qu’il a reçu au Salon de l’agriculture était du même ordre que celui qu’il reçoit lors de tous ses déplacements. Les Français n’ont pas oublié qu’il est le président des 49.3 de la réforme des retraites, de tout ce qui crispe et divise la société. Et donc aujourd’hui, il essaye de détourner l’attention des Français, mais ils ne seront pas dupes de cette manœuvre grossière.

Le président de votre parti, Jordan Bardella, a débuté sa visite au Salon de l’agriculture ce dimanche. Il s’y est rendu aussi pour la deuxième fois aujourd’hui. Il a notamment déclaré « militer pour le patriotisme économique et la sortie des accords de libre-échange » et en même temps, il a affirmé qu’il « ne souhaite pas sortir de l’UE » mais veut plutôt « changer les règles ». Changer les règles impliquerait aussi de convaincre nos partenaires européens et notamment l’Allemagne qui est une puissance exportatrice…

Les élections européennes peuvent changer beaucoup de choses parce qu’il y a une poussée des mouvements nationaux partout au sein de l’Union européenne. J’ai bon espoir que nos idées soient très puissantes au sein du Parlement européen et donc forcément, cela facilitera les négociations.

Autre point qui me permet d’être optimiste, c’est que la France est contributrice nette au sein du budget de l’Union européenne : plus de 10 milliards d’euros l’année dernière. Par conséquent, quand vous êtes à ce point financeur de l’UE, vous devez être en mesure de vous faire respecter et vous devez être en position de force pour les négociations. Je considère que si aujourd’hui les macronistes n’arrivent pas à se faire respecter et à défendre l’agriculture française, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas cette volonté politique.

L’inflation normative est souvent considérée par les agriculteurs comme leur principal obstacle. Que propose concrètement le Rassemblement national pour alléger la bureaucratie ?

Les normes sont essentielles, car sans elles, on met en péril la sécurité des consommateurs.

Toutefois, il y a deux strates : les normes imposées par l’UE et celles de l’État français. Le problème étant que la France cherche toujours à être le meilleur élève en matière de production de normes et cet excès de zèle est totalement contre-productif puisqu’il porte atteinte à notre agriculture.

En plus, de l’échelon national, l’échelon régional pose également un problème. Je le vois dans ma région, en Nouvelle-Aquitaine. Le président socialiste du Conseil régional rajoute encore des normes. À la fin, vous vous retrouvez avec les normes européennes, nationales et régionales et tout ceci ne fait qu’affaiblir notre agriculture.

Au RN, nous disons qu’il ne faut pas uniquement confier la rédaction de toutes ces normes aux technocrates de Bruxelles. Il faut appliquer une politique de bon sens et c’est la raison pour laquelle nous avons indiqué aux représentants syndicaux que nous avons rencontrés aujourd’hui que nous allons nous appuyer sur les corps intermédiaires pour qu’ils nous fassent remonter des propositions concrètes et les politiques auront la charge de les faire appliquer.

Les élections européennes approchent. Le Rassemblement national est toujours en tête des sondages entre 27 et 28 %, loin devant Renaissance à 19 %. Que compte faire votre parti jusqu’en juin pour maintenir cette dynamique ?

Nous allons continuer à nous adresser aux Français et nous organisons différentes tournées au sein des fédérations parce que nous enregistrons chaque semaine, de très nombreux nouveaux adhérents. Tous les élus et cadres sont mobilisés et participent à cette dynamique.

Jordan Bardella réalise un travail remarquable. Il est extrêmement présent sur le terrain et cela est beaucoup apprécié. Cela dénote clairement des autres partis politiques qui fuient cette élection. Nous, nous ne craignons pas le peuple et les urnes et assumons à la fois notre bilan et notre projet. C’est la raison pour laquelle, nous sommes actuellement les seuls en campagne.

Soutenez Epoch Times à partir de 1€

Comment pouvez-vous nous aider à vous tenir informés ?

Epoch Times est un média libre et indépendant, ne recevant aucune aide publique et n’appartenant à aucun parti politique ou groupe financier. Depuis notre création, nous faisons face à des attaques déloyales pour faire taire nos informations portant notamment sur les questions de droits de l'homme en Chine. C'est pourquoi, nous comptons sur votre soutien pour défendre notre journalisme indépendant et pour continuer, grâce à vous, à faire connaître la vérité.