Qu’attendre de la nouvelle ministre de la Santé ?

Par Bernard Kron
26 mai 2022 19:36 Mis à jour: 26 mai 2022 19:36

Brigitte Bourguignon a été nommée ministre de la Santé et de la Prévention dans le gouvernement Élisabeth Borne. Des défis urgents et colossaux l’attendent.

Brigitte Bourguignon a été nommée ministre de la Santé et de la Prévention dans le gouvernement Élisabeth Borne. Des défis urgents et colossaux l’attendent mais en période de transition avant les prochaines législatives, aura-t-elle la capacité et la volonté de s’y attaquer ? Sera-t-elle encore ministre après ?

Son parcours peut-il éclairer sa volonté et ses capacités pour régler les problèmes majeurs que pose la santé ? Crise des hôpitaux et urgences saturées, déserts médicaux, pénurie de soignants, les déficits abyssaux ne lui laissent aucune manœuvre à court terme. Un seul signal pourrait être donné dès son arrivée, réintégrer les soignants suspendus.

Le fait d’accoler la prévention à la santé dans l’intitulé du portefeuille semble accréditer la volonté d’Emmanuel Macron d’engager enfin un vrai chantier sur ce dossier mais ce n’est pas ce qui est le plus urgent.

Pour le reste, elle est marquée par les couleurs du Parti socialiste depuis 2012. Avec la Loi Touraine et un numerus clausus trop serré elle ne peut pas ignorer d’où vient le mal.

Élue députée dans la sixième circonscription du Pas-de-Calais, elle est réélue cinq ans plus tard sous la bannière de La République en marche. Elle devient alors présidente de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale à partir de 2017.

Elle est ensuite nommée ministre déléguée chargée de l’Autonomie auprès du ministère des Solidarités et de la Santé, dans le gouvernement Jean Castex. Elle a donc parfaitement suivi la politique de santé qui a amené le pays au bord du gouffre.

De nombreux noms avaient circulé pour succéder à Olivier Véran : l’ex-directeur général de la Cnam Nicolas Revel, le Pr Philippe Juvin venu des rangs LR, les médecins experts de la majorité Stéphanie Rist ou Thomas Mesnier, mais aussi les présidents de région Jean Rottner ou Renaud Muselier, voire des profils très hospitaliers comme Martin Hirsch ou Frédéric Valletoux, sans compter Olivier Véran lui-même !

Peut-être l’un d’eux lui succédera après le remaniement qui suivra les législatives.

Les défis immédiats et urgents nécessitent un changement de méthodes

Ces défis sont considérables.

Les hôpitaux

Le malaise hospitalier demeure extrêmement profond avec un été à hauts risques : pénurie de personnels et crise des urgences avec au moins 120 services en détresse. Le personnel manque et fatigue, ce qui impose ces fermetures. Il devient de plus en plus difficile de boucler les lignes de garde. Le manque d’attractivité, les pénuries d’effectifs médicaux et paramédicaux, l’absentéisme et les démissions devraient entrainer des mesures fortes et rapides.

À l’hôpital, un électrochoc sur les moyens et les effectifs est réclamé à cor et à cri. Mais sans changer de fond en comble l’organisation hospitalière rien ne sera possible et repasser aux 39 heures serait mal reçu avant les législatives.

La médecine de ville

Les revendications ont pris de l’ampleur avant que soient lancées à la rentrée les négociations en vue de la nouvelle convention médicale.

Dans ce contexte, la future « convention des parties prenantes » annoncée par le candidat Emmanuel Macron pour trouver dès cet été des solutions aux graves difficultés d’accès aux soins, et surtout le « changement de méthode » promis pour réformer le système de santé, seront les premiers tests majeurs pour la nouvelle ministre.

Les déserts médicaux

En ville, la question des déserts médicaux s’est imposée lors de la campagne présidentielle avec des arbitrages délicats attendus sur la liberté d’installation, le conventionnement sélectif, les délégations de tâches ou le rôle dévolu aux non-médecins. Ce sera des cautères sur jambe de bois. Trop peu de médecins sont dévolus aux soins et beaucoup trop s’occupent d’administration.

Les étudiants en médecine et l’internat

De fait, deux ans après le Ségur de la santé de juillet 2020, c’est le secteur dans son ensemble – des étudiants en santé aux blouses blanches en exercice, des prestataires de santé à domicile aux Ehpad – auquel la ministre devra apporter des réponses fortes.

Dans les Ehpad, dont le modèle a été mis à mal par le livre-enquête Les Fossoyeurs, Emmanuel Macron a promis 50 000 nouveaux postes d’infirmières et d’aides-soignants sur cinq ans, une promesse qu’il faudra mettre en musique alors que les candidats font défaut.

L’Internat de médecine générale est trop tardif et pas assez formateur. Le prolonger d’un an pour envoyer les internes dans les déserts serait une fausse bonne idée.

Réformer la Sécu, une équation impossible ?

Enfin, sur le front des comptes sociaux, la préparation du projet de Loi de financement de la Sécu (PLFSS 2023) qui se profile est une équation insoluble : engager le redressement de la Sécu, exsangue (24,6 milliards d’euros de déficit l’an passé, + 130 cantonnés dans la CADES) alors que les revendications du secteur n’ont jamais été aussi fortes dans un contexte où l’inflation approche les 5%. Dans le dernier chapitre de mon livre Blouses Blanches colère noire  j’ai donné les pistes à suivre. Elles nécessitent un virage à 180°.

Il faudra donc attendre juin pour voir la direction qui sera prise. Le premier gouvernement Borne devrait s’élargir, notamment avec des secrétaires d’État, à la lumière des résultats du scrutin.

Tout reste à faire car sans simplifier l’organisation générale et faire des économies sur les strates administratives trop nombreuses, rien ne sera possible.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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