Les confinements touchent des dizaines de millions de personnes en Chine et pèsent toujours plus sur les chaînes d’approvisionnement mondiales

Par Dorothy Li
7 mai 2022 11:49 Mis à jour: 7 mai 2022 11:49

Les habitants de Pékin deviennent nerveux à force de voir Shanghai, centre financier de la Chine de 26 millions d’habitants, immobilisée depuis plus de quatre semaines. Des foyers de Covid‑19 ont été détectés dans la capitale et les autorités s’empressent de procéder à des tests de dépistage massifs.

Au 30 avril, la quasi‑totalité des 22 millions d’habitants de Pékin ont subi trois séries de tests. Les résultats pourraient déterminer s’ils sont destinés à connaître le même sort que Shanghai, où les habitants en sont réduits à tambouriner sur leurs casseroles du haut de leurs balcons.

Dans la crainte du pire, les Pékinois ont dévalisé les magasins et fait des réserves de nourriture. Les autorités viennent de fermer les écoles (sans préciser quand elles réouvriraient) et d’autres structures, installé des barrières métalliques bleues autour des complexes résidentiels où ont été enregistrés des cas infectés. Dans certains cas, un panneau a été placé à l’entrée du complexe indiquant : « Entrée seulement. Pas de sortie. »

Les scènes qui se déroulent à Pékin rappellent celles d’autres villes chinoises aux prises avec le variant Omicron, qui évolue rapidement. Le régime chinois semble déterminé à contenir l’épidémie en maintenant sa politique extrême de zéro Covid, en poursuivant les confinements, les tests massifs et les souffrances bien documentées qui en découlent et qui deviennent la nouvelle norme.

Au 28 avril, au moins 26 villes du pays étaient en confinement partiel ou total, ce qui représente environ 78 millions de personnes, selon les calculs d’Epoch Times basés sur les avis des autorités locales. Ces villes vont de Baotou, dans le nord du pays, un important fournisseur de terres rares, à Yiwu, dans l’est, un centre d’exportation qui produit tout, des sapins de Noël aux affiches politiques.

Ceux qui ne subissent pas de confinement sont toujours confrontés à des restrictions. La ville de Hangzhou, centre technologique, impose des tests à ses habitants toutes les 48 heures. Environ 12,2 millions d’étudiants et de travailleurs doivent fournir la preuve d’un résultat négatif s’ils veulent prendre les transports en commun et entrer dans les écoles ou les bureaux. Des mesures similaires entreront en vigueur à Pékin après le 5 mai. Lors d’une réunion d’information tenue le 30 avril, des responsables ont appelé ces mesures « la normalisation des tests d’acide nucléique ».

Fuite des étrangers

La lutte acharnée du régime chinois contre le Covid oblige les étrangers à repenser leurs projets de vie dans le centre financier international. La fermeture pendant un mois d’une ville bondée de multinationales, a laissé jusqu’aux cols blancs aux prises avec des problèmes de pénurie alimentaire.

Sur les 26 millions d’habitants, beaucoup sont désormais autorisés à se promener dans leur quartier, mais la crainte d’être mis en quarantaine demeure. Au 1er mai, les autorités ont fait savoir dans une conférence de presse qu’il faudra continuer à subir de nombreux tests jusqu’au 7 mai. Un résultat positif implique d’être séparé de sa famille puis envoyé dans une installation de quarantaine surpeuplée, aux lumières allumées 24h/24 et sans eau chaude.

« Jusqu’à la mise en quarantaine, je ne ressentais pas vraiment l’autoritarisme du gouvernement, car on est plus ou moins libre de faire ce qu’on veut », a déclaré Jennifer Li, une étrangère qui prépare le départ de sa famille de la ville où elle vit depuis 11 ans.

Avec la réponse du gouvernement pour combattre le Covid, Jennifer Li s’est éveillée à une certaine réalité du régime chinois : « Cela nous a fait prendre conscience du fait que les vies humaines et la santé mentale des êtres humains ne sont pas importantes pour ce gouvernement. »

La Chambre de commerce européenne a récemment averti que « le nombre d’étrangers en Chine a diminué de moitié depuis le début de la pandémie et pourrait encore diminuer de moitié cet été ».

Immeuble confiné dans le quartier de Jing’an à Shanghai, le 29 avril 2022. (Hector Retamal/AFP via Getty Images)

Bilan économique

Les restrictions strictes écrasent également l’activité économique. La jauge de l’activité manufacturière s’est contractée à un rythme plus soutenu en avril, atteignant son point le plus bas depuis février 2020, lorsque les confinements ont stoppé la production industrielle et perturbé les chaînes d’approvisionnement pour la première fois.

L’indice officiel des directeurs d’achat de l’industrie manufacturière (PMI) est tombé à 47,4 en avril, contre 49,5 en mars, offrant un premier aperçu des dommages économiques infligés par les confinements.

Les analystes de plusieurs banques d’investissement ont encore revu à la baisse leurs prévisions concernant le taux de croissance économique du pays. La plus basse est celle de Nomura, avec une prévision de 3,9 %, contre 4,3 % précédemment, bien en deçà de l’objectif officiel des 5,5 %.

Dans le pire des cas, « la Chine peut s’attendre à une baisse du PIB de 53 % si toutes les villes sont forcées de se confiner », a déclaré Yanzhong Huang, chercheur principal en santé mondiale au Conseil des relations extérieures, devant une commission en visioconférence le 26 avril.

Le yuan chinois a chuté de plus de 4 % en avril, sa plus forte baisse mensuelle depuis 28 ans, tandis que les marchés boursiers de la Chine ont enregistré la deuxième plus mauvaise performance de l’année, depuis les sanctions qui ont frappé la Russie.

Le ralentissement est susceptible de peser sur la reprise mondiale, cette fermeture va nuire aux ventes des entreprises en Chine et se répercuter sur la chaîne d’approvisionnement, selon le professeur Yen Huai‑Shing, directeur adjoint de la Taiwan Chung Hua Institution for Economic Research, pour Epoch Times.

Les difficultés de la chaîne d’approvisionnement

Les constructeurs automobiles et les fabricants de téléphones connaissent des pénuries de composants provenant de Chine. Les États‑Unis importent près de 18 % de tous les produits en provenance de Chine et 33 % des produits électroniques, selon les données officielles.

Les géants américains, dont Apple et Microsoft, ont déclaré que les blocages de la Chine ont intensifié les perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale et fait naître des incertitudes quant à leurs perspectives commerciales.

Des porte-conteneurs dans le port de Los Angeles à San Pedro, en Californie, le 17 novembre 2021. (Apu Gomes/AFP via Getty Images)

Un des problèmes majeurs : les retards importants au niveau des transports liés aux test fréquents qui perturbent le rythme des travailleurs portuaires.

« Une fois que le confinement sera levé et que l’activité économique reprendra son cours, les produits issus des commandes accumulées afflueront vers les États‑Unis », écrit dans The Diplomat Sara Hsu, professeure agrégée spécialisée dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement à l’université du Tennessee à Knoxville.

Par conséquent, les ports de Los Angeles et de Long Beach subiront immanquablement les mêmes arrièrés que l’an passé, explique‑t‑elle.

Selon M. Yen, les perturbations de la chaîne d’approvisionnement ne prendront pas fin de sitôt.

« Le confinement Covid [de la Chine] ne fait qu’accroître l’incertitude des investisseurs étrangers et saper leur confiance », déclare‑t‑il.

M. Yen explique que les multinationales planifient généralement la relocalisation de leur chaîne d’approvisionnement. Ce fut le cas dès 2018 du géant taïwanais TSMC, le n°1 mondial des semi‑conducteurs, pendant la guerre commerciale entre les États‑Unis et la Chine, précise‑t‑il.

Maintien du zéro‑Covid coûte que coûte

Alors que la politique zéro‑Covid dévaste l’économie du pays, le dirigeant chinois Xi Jinping a annoncé le 29 avril un renforcement des infrastructures pour stimuler la demande, une méthode que Pékin a utilisée pendant la crise financière mondiale de 2008 et 2009 qui a créé une montagne de dettes. Il n’a toutefois pas fourni de détails essentiels, tels que le montant des dépenses ou le calendrier précis.

Bien que Xi cherche à obtenir un troisième mandat de cinq ans cet automne, il n’a montré aucun signe de changement de cap lors de la réunion du 29 avril du Politburo (l’organe de direction suprême du PCC).

Les dirigeants ont appelé le pays à « persister dans la dynamique zéro [Covid] », selon le résumé de la réunion publié par l’agence de presse Xinhua.

« Pour l’instant, la Chine ne sort pas du coin dans lequel le président [Xi Jinping] a manœuvré le pays », a déclaré Joerg Wuttke, président de la Chambre de commerce européenne en Chine, au média suisse Market NZZ.

« Ils sont prisonniers de leur propre narratif. C’est assez tragique : la Chine a été la première à entrer dans la pandémie, et elle est la dernière à en sortir. Et pendant ce temps, ils expliquent au monde entier qu’ils sont les meilleurs. »

Luo Ya et Reuters ont contribué à cet article.

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