Les villages magiques, échos de l’âme mexicaine

Disséminés dans presque tous les États du Mexique, 111 villages dessinent un itinéraire inédit de perles urbanistiques du pays : autant de découvertes du patrimoine historique, naturelles et gastronomiques, ainsi qu’un florilège de traditions ancestrales encore vivaces. Aujourd’hui, un voyage surréaliste à Xilitla.

Voici plus de 15 ans déjà que le ministère du Tourisme mexicain a imaginé le concept de Pueblo Mágico qui contribue à valoriser des villages tout en favorisant ainsi leur développement économique et touristique. Pour gagner ce label exigeant, il faut toutefois que la petite localité ait préservé ses légendes, sa vitalité culturelle et son charme typiquement mexicain. Le pays regorge en effet de sites où explosent les richesses artistiques, culturelles et humaines, parmi lesquelles on peut aussi mentionner plusieurs villages qui, même s’ils se situent hors des sentiers battus, restent toujours proches de grandes villes également incontournables.

Ce concept exigeant, à forte valeur culturelle, est à bien des égards une source de revenus pour les habitants de ces pittoresques hameaux qui intègrent, grâce à ce label, les circuits touristiques nationaux et internationaux. Non seulement il contribue à mettre en valeur des localités oubliées, mais il conduit les populations à une prise de conscience de la richesse de leur lieu de vie et les incite à mieux la gérer et surtout à la sauvegarder. Pour le voyageur désireux de s’immerger dans la culture mexicaine, choisir une incursion dans l’un ou l’autre de ces villages, c’est à coup sûr s’offrir une belle expérience d’authenticité.

Le site est jalonné d’immenses sculptures surréalistes en béton s’élevant parfois sur plusieurs étages et filant vers le ciel comme un appel vers la lumière au sein de cet environnement végétal. (Charles Mahaux)

 

Escapade à Xilitla

Xilitla, dans l’État de San Luis Potosí au nord-est de la capitale du pays, doit son titre de « Village magique » à l’œuvre excentrique d’un richissime Écossais, Edward James. Séduit par l’exubérance de la forêt tropicale de la Sierra Madre orientale, il acheta en 1947 quelque 40 hectares de terre d’une ancienne propriété caféière. Il pensait avoir trouvé l’espace idéal pour sa collection d’orchidées et il y dispersa dix mille plants qui malheureusement ne résistèrent pas à un hiver particulièrement rude en 1967.

L’histoire d’Edward James mérite d’être contée d’autant que même certains de ses proches ne savaient rien de son acquisition mexicaine. Quant aux villageois de Xilitla, ils ne comprenaient rien aux extravagances de leur voisin, mais ils lui savaient gré de sa largesse quand il les payait pour le travail accompli sur ses terres, à savoir une dizaine de pesos par jour alors que les journaliers dans les fincas (fermes) de café étaient habituellement payés 2 pesos par jour.

L’immense fortune qu’il a mise au service de ses lubies, il l’a héritée comme fils unique de son père décédé quand il avait à peine 5 ans, puis d’un oncle malheureusement écrasé par un éléphant en Afrique. Dès sa majorité, il décida de se muer en mécène au service de la beauté, nombreux sont les artistes qui lui doivent un sérieux coup de pouce financier : le chorégraphe George Balanchine, le musicien Igor Stravinsky et de nombreux surréalistes comme Max Ernst, Salvador Dalí, René Magritte et Leonora Carrington. Lui-même composa des poèmes en s’inspirant du Manifeste du surréalisme d’André Breton qu’il admirait beaucoup. Salvador Dalí disait de lui qu’il était plus fou que tous les surréalistes réunis.

Les nombreux sentiers du jardin sont autant de marches, de passerelles ou de rampes ponctuées de fontaines dont seules quelques-unes ont conservé leurs couleurs vives. (Charles Mahaux)

Un palais de courants d’air

Quoi qu’il en soit, quand il découvrit l’ampleur du désastre provoqué par le gel sur ses terres, il décida d’y construire un château pour abriter ses idées et sa philosophie. Une sorte de palais idéal qui se fondrait dans le décor de la forêt. Ni portes ni fenêtres, ses idées n’en ont pas besoin, dit-il. C’est ainsi que durant une petite vingtaine d’années, il fit édifier 36 espaces qui forment un ensemble artistique architectonique à la gloire du surréalisme. Un délire de colonnes, de marches, de plates-formes, de passerelles ouvertes sur une nature luxuriante. Des arches ne soutiennent que l’air, des fleurs et des feuilles gigantesques en ciment, peintes en vert, en côtoient d’autres, naturelles cette fois. Des troncs d’arbre envahis par la mousse n’en sont pas, tandis que d’autres, réels, grandissent au cœur de terrasses creusées dans leur centre pour leur offrir de l’espace. Un escalier victorien en colimaçon ne mène nulle part. On imagine aisément Edward Jones vêtu de sa longue toge blanche qui lui donnait un air de druide ou de chaman se promener dans le dédale de son château. Il y vivait peu cependant, lui préférant sans doute le confort des hôtels du monde, mais il se muait en homme des bois quand il y était, dormant dans les cages avec ses animaux ses fils, disait-il à savoir des perroquets, un boa, un ocelot et d’autres encore qui ont disparu après la mort de leur maître en 1984.

Tout comme sur les sites des temples précolombiens, la nature a repris ses droits sur une grande partie du domaine et les constructions ont perdu leurs couleurs. Toutefois, le lieu a été ouvert au tourisme. Depuis 2007, il est géré par la Fondation Pedro y Elena Hernández qui se propose de préserver des aires protégées, comme ce jardin surréaliste déclaré Patrimoine culturel de San Luis Potos qui évoque le rêve d’Alice au pays des merveilles. Ce sont eux qui veillent aujourd’hui à sauvegarder cette œuvre unique en son genre même s’ils ne parviendront sans doute pas à maintenir en état l’ensemble du domaine. Son nom, Las Pozas, évoque les neuf petits lacs qui bordent le palais. Ce sont autant de piscines naturelles alimentées par des cascades qui tombent de 250 mètres de haut et agrémentées de plates-formes et d’étranges arcs-boutants qui soutiennent les rives.

Les sculptures se chevauchent presque, évoquant toujours des éléments naturels : champignons, fleurs de lys, oiseaux de paradis, etc. (Charles Mahaux)

Certains habitants du village de Xilitla racontent encore les excentricités de cet homme qui ne terminait jamais ses constructions, mais qui leur a offert comme une seconde vie, la manne du tourisme. Flâner dans la rue principale de Xilitla, c’est plonger dans le Mexique authentique avec ses maisons basses et colorées, avec ses petits commerces qui fournissent vivres et produits de première nécessité entre bouchers, marchandes de quatre saisons et épiceries. Ici, les paysans portent encore le sombrero vissé sur la tête et seuls les jeunes les sacrifient à la mode de la casquette. Ici, on ne cherche pas encore à conserver les touristes qui se déplacent jusqu’à Xilitla. Cela changera sans doute très vite.

Pour tout savoir sur El Jardin Escultorio de Edward James, Las Pozas, en anglais et en espagnol

http://www.laspozasxilitla.org.mx/

 
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