Un agriculteur menacé au fusil par son voisin car il voulait traiter ses vignes la nuit

Vincent, 42 ans, est viticulteur dans les Bouches du Rhône. Il a récemment témoigné auprès de WikiAgri sur une expérience choquante qu’il a vécue : son voisin a tiré en l’air et l’a ensuite mis en joue car il avait eu le tort de traiter ses vignes le soir. Une nuisance sonore insupportable pour son voisin, qui a par la suite été arrêté par la gendarmerie. Ce faits divers, loin d’être un cas isolé, pointe le malaise existant entre les agriculteurs et leurs voisins un peu partout dans l’Hexagone. La preuve en est, un grand nombre de jurisprudences ont vu le jour ces dernières années sur des affaires de « nuisances sonores ».

La scène s’est produite durant la nuit de mercredi à jeudi dernier. Il raconte :

« Il était 21 heures quand le vent est tombé. Mes vignes n’avaient pas encore été traitées, jusqu’à présent j’avais pu m’en sortir avec des poudrages de produits entièrement naturels, donc moins bruyants. Mais les données météorologiques des derniers jours ont accentué la pression et le risque de mildiou. Là, je n’avais pas le choix. Pour que le traitement soit plus efficace (donc avec des doses moindres, et une plus grande probabilité d’éviter un passage supplémentaire), je dois traiter la nuit. En plus, chacun sait désormais que les traitements de nuit sont meilleurs pour le respect de la biodiversité. Vers minuit, j’ai vu un homme lampe torche à la main avancer vers moi dans le champ. C’était la dernière parcelle proche d’habitations où j’intervenais (sachez qu’il me faut pour cette parcelle d’un hectare à peine plus d’un quart d’heure pour réaliser un traitement). À environ 50 mètres de moi, je vois et j’entends une déflagration, il a tiré en l’air ! S’ensuit une explosion verbale où il m’accuse de tapage nocturne et menace d’appeler les gendarmes. Je lui propose alors de les appeler tout de suite avec mon téléphone qui se trouve dans le tracteur… Et lorsque je reviens vers lui, il pointe l’arme sur moi et m’ordonne de ne plus bouger ou il tire ! J’obtempère bien évidemment et le laisse s’éloigner avant d’appeler la gendarmerie. Il a ensuite été arrêté, une enquête est en cours. Mais plusieurs jours après, j’ai toujours cette image du canon pointé sur moi ! »

« Je prends bien garde, quand cela arrive, de commencer dès la tombée de la nuit pour éviter un bruit trop tardif, et par les parties de parcelles les plus proches des maisons. Mais j’ai 50 hectares de vignes, il me faut tout de même 5 à 6 heures (pour une machine soit 15 hectares). Et oui, je l’admets, la sulfateuse fait du bruit. En revanche je fais l’effort de m’éloigner de plus en plus des maisons au fur et à mesure que la nuit avance».

Des efforts qui n’ont pas suffi, dans le cas présent. Vincent décide alors de s’informer auprès de son entourage, et découvre des cas similaires, allant des incompréhensions aux menaces. L’agriculteur estime qu’il faut « communiquer » sur les pratiques, car ce n’est pas « par plaisir » qu’il « travaille parfois la nuit ».

« On ne va tout de même pas attendre qu’il y ait un mort pour réagir ! Je pense que nous devons communiquer sur nos pratiques, tous ensemble. Ce n’est vraiment pas par plaisir qu’il faut parfois travailler la nuit. C’est plus intéressant économiquement par rapport à l’efficacité des traitements, mais c’est aussi pour répondre aux demandes sociétales en matière de respect de l’environnement. Les gens apprécient de boire un verre de rosé l’été, mais refusent qu’il soit produit ! Nous nous devons d’expliquer tout cela, pour l’ensemble de la profession ! »

Parallèlement, Vincent n’exclut pas une communication localisée sur sa commune, du style une réunion explicative avec les voisins concernés en leur offrant un verre issu de sa propre production au final.

 
VOIR AUSSI